L'auteur de ce poëme était Agrippa d'Aubigné. Blessé grièvement en 1577, retiré dans un désert de Saintonge, tout ébranlé de ses combats et des scènes de la Saint-Barthélemy, il fut, sans le savoir, le Job sectaire, le Juvénal huguenot des guerres civiles après en avoir été l'un des héros. Abrupt et grand poëte, ignoré mais immortel, qui, de la main qui traça ses Mémoires, agitait le glaive du saint Évangile, et faisait résonner la lyre aux cordes de fer. Homme terrible, qui, sous un extérieur rigide, recélait tous les courages, tous les talents, comme cet airain de Corinthe, qui, sous une sombre apparence, était composé des métaux les plus précieux!

Ce poëme des Tragiques fut vraiment écrit au cliquetis des épées, à la lueur des bûchers, aux éclaboussures du sang des martyrs.

C'était comme une prophétie de vengeance sur Marie Stuart.

. . . . . . . . . . . . . . . . .

O France désolée! ô terre sanguinaire!

Non pas terre, mais cendre. . . . .

Je veux peindre la France, une mère affligée

Qui est entre ses bras de deux enfants chargée.

. . . . . . . . . . . . . . . . .

Ni les soupirs ardents, les pitoïables cris,