« Je jure de n'avoir pas conspiré la mort de la reine d'Angleterre.

— Votre livre romain, répondit le comte de Kent, est faux, et votre serment est aussi faux que votre livre.

— C'est le livre de ma foi, repartit la reine ; pensez-vous que mon serment eût été meilleur sur votre livre hérétique auquel je ne crois pas?

— Votre foi est mauvaise, ajouta l'impitoyable comte ; souffrez donc que le doyen de Peterborough vous enseigne la bonne et vous dispose demain au sacrifice. »

La reine rejeta cette proposition, qui révoltait sa conscience, et demanda Préau, son aumônier, retenu aux arrêts dans une chambre du château. Les comtes, alléguant les instructions du conseil privé, furent inflexibles à ce désir. L'expression du tourment intérieur que lui causait ce refus contracta un instant les traits de la reine, mais elle se remit aussitôt et dit :

« Que mon Seigneur Jésus me soutienne, car la tribulation est proche, et j'espère en lui! »

Alors s'engagea une conversation moins amère entre Marie et le comte de Kent, qui ne put s'empêcher de dire encore dans son fanatisme :

« Ce warrant que nous apportons extirpera le papisme en Angleterre et en Écosse. »

Marie soupira sans répondre. Elle adressa successivement la parole à plusieurs commissaires et à quelques gentilshommes des environs qui avaient accompagné les comtes de Kent et de Shrewsbury jusque dans sa chambre. Elle s'enquit des sentiments de son fils, de l'intérêt que les cours étrangères avaient montré pour elle ; puis regardant le lord maréchal, elle s'informa de l'heure du supplice. A cette question le comte Shrewsbury pâlit, et pria très-bas la reine de se tenir prête pour le lendemain à huit heures du matin. Elle entendit sans trouble ce terrible rendez-vous.

Quand les comtes se retirèrent, Marie leur dit :