« Élisabeth, par la grâce de Dieu, reine d'Angleterre, de France et d'Irlande, à nos amis et féaux cousins George, comte de Shrewsbury, grand maréchal d'Angleterre ; Henri, comte de Kent ; Henri, comte de Derby ; George, comte de Cumberland ; Henri, comte de Pembrock, salut.

« Vu la sentence rendue par nos conseillers, par les nobles et par les commissaires contre Marie, ci-devant reine d'Écosse, fille et héritière de Jacques V, reine douairière de France ; laquelle sentence non-seulement a été portée, par tous les ordres de notre royaume, dans le dernier parlement, mais approuvée comme juste et légitime, et maintenue par les mêmes ordres après mûre délibération ; vu pareillement les sollicitations pressantes de nos sujets, quoique de telles instances s'accordent mal avec la clémence qui nous est naturelle ; cependant, ne pouvant résister à ces sollicitations qui n'ont pour objet que notre conservation, le bien public et particulier de ce royaume, nous avons consenti à ne plus arrêter le cours de la justice.

« A ces causes, nous vous enjoignons, comme aux plus nobles et aux plus considérables membres de notre royaume, de vous transporter à Fotheringay aussitôt les présentes reçues, et de faire exécuter la sentence dans la personne de ladite Marie, au lieu, dans le temps et de la manière que vous le jugerez convenable, en présence d'Amyas Pawlet, gouverneur du château, nonobstant toute loi ou tout ordre contraire.

« Greenwich, le 1er février 1587, la vingt-neuvième année de notre règne. »

Signé le 2 février par la reine, et le 3 par Burleigh, Leicester, Hunsdon, Knollys, Walsingham, Howard et Hatton, cet acte fut remis le 4 par Davison à Beale, clerc du conseil, qui partit aussitôt pour Fotheringay avec le bourreau de Londres et un autre exécuteur.

Il semble que les grands événements, les grands crimes, et surtout les tragédies royales, soient annoncés dans le monde par des symptômes alarmants et des signes précurseurs.

Quelques jours avant qu'Élisabeth eût marqué l'heure de son régicide, les vieillards d'Édimbourg remarquèrent avec consternation que le plus ancien et le plus beau lierre d'Holyrood s'était dépouillé de ses feuilles, et que le tronc s'était flétri le long de la tour orientale du château. Cette tour, d'où les faucons des Stuarts s'élançaient, parut chanceler sur ses fondements, et l'on s'attendit aux plus terribles catastrophes. La superstition populaire ne s'abusait point. Marie Stuart avait trouvé le toit de sa dernière prison et touchait au dénoûment suprême de sa destinée.

Elle vivait depuis quelques semaines en proie à tous les tourments, malade de corps et encore plus d'esprit et d'âme. Le 7 février, les hauts commissaires arrivèrent avec leur suite à Fotheringay. Les serviteurs de la reine furent saisis d'épouvante. Marie était couchée et commençait à s'endormir. On la réveilla. Elle se leva, s'habilla lentement, s'entoura de ses officiers, de ses femmes, s'assit à sa petite table de travail chargée de livres pieux, et prépara tout pour recevoir royalement les hauts commissaires. Il était deux heures de l'après-midi. Les messagers d'Élisabeth s'avancèrent avec une sorte de solennité triste qui apprit tout à Marie. Le comte de Shrewsbury, dont elle avait été si longtemps la prisonnière, la tête découverte et inclinée, lui exposa en quelques paroles sourdes sa mission, et Beale lut le warrant. Marie fit le signe de la croix, et portant à ses lèvres le Christ de son rosaire :

« C'est bien, dit-elle tranquillement ; voilà la générosité de la reine Élisabeth! Aurait-on jamais cru qu'elle osât en venir à ces extrémités avec moi qui suis sa sœur, son égale, et qui ne saurais être sa sujette? Dieu soit glorifié de tout, cependant, puisqu'il m'octroie cet honneur de mourir pour lui et pour son Église! »

Elle se disculpa de toute participation au complot contre la vie d'Élisabeth. Elle choisit parmi les livres qui étaient devant elle, sur sa table, le livre des Évangiles ; elle l'ouvrit et dit, en étendant la main :