Quand, par la mort d'Élisabeth, il fut devenu Jacques Ier d'Angleterre, il fit transporter, en 1612, Marie Stuart, sa mère, dans l'abbaye de Westminster.
Le corps partit de Peterborough sur un carrosse royal attelé de six chevaux couverts de velours noir. Deux comtes anglais et deux comtes écossais portaient les quatre coins du poêle. Le grand écuyer menait un palefroi d'honneur représentant le cheval de Marie Stuart. Le capitaine des gardes et ses archers tenaient tournés contre terre la pointe de l'épée et le fer des hallebardes. Une musique funèbre marchait en tête du convoi, que cent gentilshommes anglais, écossais, français et espagnols vinrent recevoir au faubourg de Londres.
Le carrosse s'arrêta à la porte de Westminster, et la bière fut descendue dans l'église, puis dans un caveau, non loin du caveau d'Élisabeth. Ces irréconciliables ennemies eurent leur première et leur unique entrevue, sans suite et sans cour, là, dans l'éternité, entre les lambris de la maison du Christ.
La reine d'Écosse avait reposé vingt-quatre ans sous l'humble dalle de Peterborough.
Ce second trajet du cercueil de Marie Stuart ne blessa pas les protestants et satisfit les catholiques. Si la vie de la reine d'Écosse avait été d'une princesse de la cour des Valois, sa captivité fut d'une victime, et sa mort d'une sainte. Cette double expiation a racheté et transfiguré Marie Stuart. La poésie l'a chantée, la religion l'a bénie, l'histoire l'a racontée. La postérité la pleure et l'admire plus qu'elle ne la juge. Dieu lui a sans doute pardonné dans le ciel comme elle avait pardonné sur la terre!
FIN.
NOTE DE L'ÉDITEUR.
Nous avons cédé à un vœu généralement exprimé, en donnant cette nouvelle édition de l'Histoire de Marie Stuart par M. Dargaud.
A son apparition, ce livre souleva beaucoup d'articles (plus de cent), quelques-uns hostiles, le très-grand nombre favorables. Nous aurions voulu les reproduire tous ici. Mais, restreint par les exigences de la typographie, nous nous bornons à réimprimer de courts fragments en sens contraire des journaux les plus accrédités. Nous joignons à ces fragments trois lettres presque entières de Béranger, de Lamartine et de Mme Sand, qui compléteront les jugements littéraires provoqués par la première édition de cette histoire.
C'est au public d'intervenir une seconde fois et de prononcer en dernier ressort.