L'attente ne fut pas longue.

La bière ne tarda pas à paraître sur la route. Aucun des serviteurs de Marie n'obtint d'accompagner le char. Le convoi traversa lentement Peterborough jusqu'au vieux portail de l'abbaye, où la bière fut exposée quarante-huit heures. Le 31, l'évêque mena le deuil par la grande cour, vers la majestueuse façade de la cathédrale. Il entra sous les voûtes séculaires de l'église, et se dirigea du côté d'un vieillard qui s'empara du cercueil. Ce vieillard était Scarlett, le fossoyeur, dont on voit encore aujourd'hui le portrait suspendu au-dessous de la principale rosace de l'église. Il est vêtu de rouge, avec une longue barbe blanche, et s'appuie sur sa bêche. Il mourut à quatre-vingt-dix-huit ans, après avoir creusé la sépulture de deux reines. Aidé par quatre maîtres maçons, il avait préparé le caveau de Marie Stuart à droite du chœur, en face de la tombe de Catherine d'Aragon, première femme de Henri VIII. La bière fut descendue dans l'étroit caveau, et scellée d'une pierre sans armoiries et sans nom. Tel était l'ordre de l'évêque, qui connaissait la volonté de la reine d'Angleterre.

Je me suis agenouillé au bord de cette pierre nue, et une larme de mon cœur a roulé sur la poussière qui la recouvre. En omettant le nom de Marie Stuart, Élisabeth se flattait d'ensevelir son régicide dans le silence et dans l'oubli. Elle y a fait penser davantage.

Après avoir langui pendant six mois, séparés par quatre murs du cercueil de Marie, ses serviteurs purent enfin partir du château de Fotheringay le 3 août, cinq jours plus tard que leur maîtresse. Tout dès lors était consommé.

Malgré l'indifférence des princes, Élisabeth ne jouit pas sans trouble de son forfait. Les deux coups de hache qui frappèrent sa rivale retentirent plus fort dans le reste de l'Europe qu'en Angleterre et en Écosse ; comme l'écho est plus terrible, plus lointain et plus universel que le bruit. Élisabeth apprit par l'indignation des pays catholiques, par la stupeur des pays calvinistes, quel crime inouï elle venait de commettre.

Ce fut son premier châtiment.

Le second fut de survivre à l'amour du peuple anglais. Elle vieillit lentement sans perdre la prétention d'être jeune, la vanité de la taille, de la danse et du chant. Ces ridicules qu'Élisabeth sentait sourdement ajoutaient à ses ennuis atrabilaires. Elle s'irritait de trouver dans ses sujets, parmi ses courtisans, la prévision de l'avenir prochain où elle ne serait plus. On la pressait de régler la succession à la couronne comme si cette succession devait être bientôt vacante.

Si l'on en croit les contemporains, surtout sir John Harrington, qui l'a si bien connue, son humeur était devenue intraitable. Elle se promenait souvent dans sa chambre avec agitation, elle s'emportait aux moindres contrariétés, frappait du pied, jurait contre ceux qu'elle n'aimait point, et plongeait de colère dans les tapisseries de son appartement une épée qu'elle gardait toujours près d'elle.

Dans l'effroi de sa vieillesse, elle faisait arborer les têtes de ses ennemis aux poteaux de la Tour et s'environnait des trophées d'une impitoyable justice, semblable à ces Libyens qui suspendaient à leurs seuils les dépouilles des lions, afin de se protéger par la terreur.

Le règne d'une femme aigrie, violente, pesait à chacun, et on aspirait au gouvernement d'un roi. Tous les partis saluaient Jacques VI à l'horizon.