Il faut lire dans le livre de M. Dargaud les amours tragiques de la reine d'Écosse, et le long martyre de ses prisons.

Une éternelle espérance d'évasion éternellement déçue, la captivité toujours plus étroite, toujours plus sinistre, la trahison même d'un fils dénaturé, les dégradations infligées à la reine, les outrages à la femme ; puis, à mesure que les dix-huit ans lentement épuisés minute à minute, angoisse à angoisse, la rapprochent du terme fatal, la suprême agonie de toute espérance, les dernières palpitations de la vie qui protestent contre le dénoûment terrible ; enfin, la morne attente du coup de hache d'Élisabeth ; les attendrissements des adieux, le courage des apprêts, la mort si ferme, si noble, qui vient clore et racheter cette destinée, tout cela est décrit avec une force, une simplicité, une émotion, une vérité saisissantes, et forme un tableau qui est pour nous comme l'événement même.

En tournant ces dernières et pathétiques pages du livre de M. Dargaud, nous comprenions bien la pitié qui s'attache au souvenir de Marie Stuart. Il y a dans sa fin une majesté touchante qui appelle à la fois l'admiration et les larmes. Elle est morte avec grandeur, avec calme, avec héroïsme, nous dirions presque avec innocence, si on peut se laver dans son propre sang du sang qu'on a répandu. Le cœur seul parle en présence de si longues souffrances et d'une telle mort, et on oublie les fautes pour ne se souvenir que du courage et de la grandeur de l'expiation.

Le livre de M. Dargaud explique et juge Marie Stuart. Cette mémoire, qui avait jusqu'à présent échappé à l'appréciation historique, est désormais fixée. Mais Marie Stuart n'est pas la seule héroïne de l'œuvre de M. Dargaud. Il y a dans cette œuvre un autre héros, c'est le XVIe siècle, le XVIe siècle avec tous ses orages de religion et ses audaces de philosophie, avec le cortége de ses hommes d'État, de ses poëtes, avec la renaissance des lettres, avec la splendide efflorescence de l'art. La vie de Marie Stuart eût été incomplète séparée de la vie générale de son temps, de toutes les influences qui agirent si puissamment sur elle, de tous les intérêts de politique et de religion auxquels elle fut mêlée, en un mot de ce XVIe siècle dont elle fut une des plus brillantes expressions. M. Dargaud l'a compris. Il a su élargir une biographie aux proportions mêmes de l'histoire.

Alexandre Rey.

(Le National, 21 avril 1851.)


L'Histoire de Marie Stuart, par M. Dargaud, est affichée sur tous les murs de Paris. De grandes lettres blanches détachées sur fond rouge recommandent cet ouvrage aux passants. Cette fantaisie d'auteur ne suffisait pas à attirer l'attention ; mais les journaux se sont montrés plus complaisants que les murailles à l'égard de l'écrivain. Ils n'étalent pas seulement le titre de son livre : le Siècle, la Presse et le National ne lui marchandent pas leurs louanges longuement motivées. Les recommandations de ces divers publicistes n'étaient point, il est vrai, pour éveiller nos sympathies ; au moins pouvaient-elles nous faire supposer qu'elles s'adressaient à un ouvrage sérieux, digne d'être contrôlé, et dont l'Univers devait examiner les conclusions.

Nous y avons été complétement trompés, et nous nous en plaignons.

Le livre de M. Dargaud, comme valeur historique et littéraire, est de ceux sur lesquels les amis sont trop heureux de se taire. Quand ils ne peuvent garder tout à fait un sage et prudent silence, au moins devraient-ils ne pas se lancer dans des éloges qui deviennent grotesques lorsqu'on les rapproche du sujet qui les excite. Nous ne devinons pas ce qui a pu valoir à l'historien de Marie Stuart une bienveillance aussi outrée. Il ne cesse de tomber dans des contradictions flagrantes.