« On lui adressera bien des critiques, on lui dira qu'il est trop jeune, trop coloriste, trop attendri de style, qu'il émeut trop son lecteur pour lui laisser tout le sang-froid et toute l'impartialité du jugement. Dites-lui de ne pas se corriger. Il faut répéter, au contraire, à l'écrivain qui grave l'histoire d'une femme, le mot de Tacite : Ventrem feri! visez au cœur! Dargaud a visé au cœur et il a touché! quoi de plus?

« Il y a deux manières d'écrire l'histoire : celle qui instruit et celle qui intéresse! Je suis comme vous pour celle qui intéresse ; car celle qui n'intéresse pas n'instruit pas. Qui la lit?

« Adieu ; faites mes compliments à l'auteur. Le livre a de la vie, car il remue. Il vivra…

« Lamartine. »

Saint-Point, décembre 1850.

(La Presse, 31 avril 1851.)


G. SAND A J. M. DARGAUD.

« Oui, monsieur, c'est un beau livre. C'est l'histoire réelle la plus émouvante que j'aie jamais lue. C'est aussi saisissant que le meilleur roman de Walter Scott, et les esprits qui s'attachent difficilement à la réalité, comme le mien, par exemple, sont ici pénétrés de tout l'intérêt, de tout l'enchantement qui ressortent de la fiction. Pourquoi ce charme, pourquoi cette couleur, pourquoi ce sentiment profond? Ce n'est pas seulement le sujet qui vous les a donnés, ce n'est pas seulement la magie de votre style qui les y a mis, c'est que vous avez demandé autant de part à la tradition qu'aux monuments dans cette création originale et charmante. La tradition populaire est la source de toute poésie dans le passé, la légende, comme dit Michelet, cette preuve des preuves, à mon avis. Jusqu'ici l'histoire n'a pas donné assez d'attention et de respect aux souvenirs inédits des peuples. Il faut être artiste comme vous l'êtes pour avoir compris la valeur de cet élément historique. Cela, aidé des monuments, de la peinture et de la gravure, apporte à votre manière d'envisager le passé un cachet de vérité, une apparence de vie qui nous y reportent comme si nous avions vu de nos yeux les types et les événements. Enfin, vous avez résolu un problème aussi sérieux que charmant, c'est de faire de l'histoire un roman et un poëme, sans sortir des lois et des sévérités de l'histoire.

« Quant à Marie Stuart, vous me demandez de la juger ; mais est-il possible d'en avoir une autre opinion que la vôtre quand on vous a lu? J'ai été élevée dans un couvent d'Anglaises et d'Écossaises catholiques, en face d'un portrait fort dramatique de Marie Stuart en pied, dans le costume qu'elle avait pour monter à l'échafaud, et autant que je me le rappelle, exactement tel que vous le décrivez.