Que tu ne sois traité,

A la minarde,

D'une stuarde.

Le cardinal, d'abord effrayé, se remit bientôt, et ne se montra que plus ardent.

Dans cette crise d'Amboise, où lui et les siens avaient été si près de l'abîme, le cardinal de Lorraine, se sentant à l'abri sous l'épée de son intrépide frère, donna carrière à ses vengeances. Il voulut exterminer ses ennemis et les ennemis de l'Église. Ce qu'il y eut de plus odieux, c'est qu'il mena souvent les petits princes, le roi, la jeune reine, sa nièce, sur la terrasse du château pour mieux contempler les supplices. Il leur désignait les huguenots les plus illustres, et riait de leur agonie. Comme ils mouraient presque tous avec un courage stoïque, il disait au roi : « Voyez ces superbes que la mort même ne peut vaincre! Que ne feraient-ils pas de vous, s'ils étaient vos maîtres? »

Un soir, le cardinal entraîna la duchesse de Guise à l'une de ces exécutions, à la suite du roi et de la reine. Ni le cœur ni les nerfs de la duchesse ne purent soutenir cette affreuse tragédie. Elle pensa s'évanouir et recula d'effroi dans le château. Elle se rendit à la chambre de la reine mère, qui, la voyant entrer pâle et tremblante, lui demanda ce qu'elle avait? « Ah! madame, que de supplices! Puisse le désastre ne pas venir sur notre maison, et tant de sang généreux ne point retomber sur elle! »

Les terreurs de la duchesse n'étaient pas vaines.

Le nom des Guise fut abhorré. Le marché d'Amboise, ce théâtre des exécutions, rappelait au protestantisme les raffinements barbares de leur fureur. En passant, les plus sages d'entre les huguenots rugissaient et transmettaient à leurs descendants leur colère comme un héritage.

C'est là que Théodore-Agrippa d'Aubigné fut suscité à la haine des Guise et des catholiques par son père, qui était un homme grave, un philosophe de l'hérésie. Il conduisait son fils encore enfant à Paris, lorsqu'en traversant Amboise un jour de foire, il vit sur leurs poteaux d'infamie les têtes des conjurés encore reconnaissables. Tout ému, il lança son cheval au milieu de sept à huit cents personnes qui étaient là, en s'écriant : « Les bourreaux! ils ont décapité la France! » Il songeait aux Guise, qui tenaient alors tout leur pouvoir de leur nièce Marie Stuart. D'Aubigné, reconnu à son cri pour un calviniste, fut poursuivi à coups d'arquebuse. Il piqua des deux, ainsi que son fils, et il s'échappa. Quand il fut hors de péril, il toucha son fils de la main droite, et lui dit : « Mon enfant, ne ménage pas ta tête pour venger les têtes de ces chefs pleins d'honneur. Si tu t'y épargnes, tu auras la malédiction de ton père. »

Agrippa d'Aubigné n'oublia jamais cette leçon. Sa vie fut un dévouement héroïque au calvinisme. Plus tard, bien plus tard, M. de la Trémouille, un grand seigneur protestant, menacé dans Thouars, pouvait lui écrire :