Dès que Pardaillan et la Renaudie s'aperçurent ils se précipitèrent l'un sur l'autre. Ils s'étaient reconnus, et le cri du fanatisme étouffait la voix de la nature. Un combat acharné s'engagea entre les deux troupes, et surtout entre les deux capitaines. La Renaudie effleura d'une balle la tempe de Pardaillan, qui, d'un double coup de feu, atteignit son ennemi au bras droit et tua son cheval. La Renaudie, se dégageant, la cuisse foulée, le bras droit cassé, releva son épée de la main gauche et recommença le combat. Pardaillan, piqué au genou, s'élança furieux sur son brave cousin, et fut blessé mortellement. Un serviteur de Pardaillan, prompt à venger son maître, acheva la Renaudie. Les papiers du chef des conjurés furent saisis avec son secrétaire et ses domestiques. Lui mort, le reste de la troupe se rendit.

Pardaillan, mourant, fut transporté à Amboise. Sa compagnie y rentra avec les prisonniers.

Les vaincus trouvèrent la justice des guerres civiles.

La Renaudie, coupé en quatre quartiers, fut exposé aux quatre angles du pont.

Beaucoup furent noyés, la plupart furent passés par les armes ou pendus tout bottés et éperonnés, soit aux créneaux, soit aux arbres de l'avenue, soit aux portes des maisons suspectes. Nul procès, nulle condamnation. L'exécution tenait lieu de jugement. Leurs noms même ne furent pas demandés aux victimes. Il y avait comme un tribunal invisible, silencieux, terrible, qui frappait au hasard, sans pitié, sans remords, sans souci ni de la terre ni du ciel.

Cependant, la cour se déplaisait un peu à Amboise, et regrettait les délices du château de Blois. On imagina de la distraire. On réserva les principales exécutions, le supplice des chefs de la révolte, pour le soir, après dîner. C'était le spectacle des dames, qui assistaient aux tortures des malheureux huguenots en souriant, et qui amusaient leur ennui des suprêmes douleurs et des derniers gémissements des martyrs. Le prince de Condé n'osa pas refuser de paraître une fois à ce spectacle horrible. Il se sauva par cette concession, par un démenti donné à ses accusateurs, et par un défi chevaleresque jeté indirectement en plein conseil au duc de Guise. Le duc dissimula, et permit au prince de sortir d'Amboise.

Tous ces massacres commençaient à lui peser. Il avait pris d'excellentes précautions militaires pour vaincre et pour punir un complot dirigé contre sa vie, contre celle de toute sa maison ; son malheur fut d'employer les bourreaux autant que les soldats. Il ne diminua pas assez les atroces exécutions devenues le passe-temps de la cour. Il fut le premier à les faire cesser, mais elles avaient duré trop longtemps.

Le cardinal de Lorraine fut le grand coupable de ces horreurs. Timide par nature, il se portait sans effort à la cruauté qui pouvait diminuer ses peurs ou servir son orgueil et son ambition.

Les calvinistes avaient cherché à l'épouvanter pour modérer ses rigueurs. On sait que Jacques Stuart, le même qui avait assassiné le président Minard, se servait dans ses expéditions de balles empoisonnées qu'on appelait de son nom : stuardes. Le cardinal trouva un matin sur son oratoire ce billet menaçant :

Garde-toi, cardinal,