Qui prend son nom de la beauté d'une eau.

(Ronsard.)

Ce dernier voyage fut grave et sombre comme un adieu.

Cette contrée emporte l'âme dans toutes les alternatives de la joie et de la tristesse. La tristesse y domine.

On rencontre partout l'amour parmi ces lambris semés de salamandres, sous ces hautes ombres, au bord de ces belles eaux ; puis, la religion au delà, dans ces vastes solitudes, à l'horizon de ces déserts. Les deux infinis d'ici-bas.

Cette résidence, unique dans le monde, cette grande forêt rocheuse, ce château merveilleux font penser et rêver.

Fontainebleau sourit d'un sourire triste. On y sent vaguement le caprice, la galanterie, la passion ardente et profonde, la science, l'art, la vie humaine, tous les parfums de cette fleur vénéneuse et charmante de la renaissance.

L'attrait de Fontainebleau est dans tout cela. Une femme a bien des moments. Et cependant elle n'en a qu'un, elle en a un surtout qui laisse une odeur immortelle. Ainsi de Fontainebleau. Son moment incomparable, c'est le règne de François Ier, c'est le règne de Henri II, l'aurore de Marie Stuart.

François Ier et sa sœur, et la duchesse d'Étampes, et Léonard de Vinci, et André del Sarto, et Benvenuto Cellini, et le Rosso, et le Primatice ; et Rabelais, et Budé, et Lascaris, et Marot ; Henri II et les architectes, et les sculpteurs, et les frères du Bellay, et Calvin, et le cardinal de Lorraine, et Théodore de Bèze, et Montaigne, et Ronsard ; et Diane de Poitiers avec tous ses chiffres d'or et de tendresse ; et Catherine de Médicis avec ses cent cinquante filles d'honneur, les sirènes de sa politique italienne : voilà les années, la floraison, la fête, la jeunesse de Fontainebleau. C'est un songe, un songe arabe ; mais c'est encore plus de l'histoire ; car cet arc-en-ciel de poésie est souvent obscurci par les orages des guerres de religion qui suivirent la mort du roi Henri II, par les terribles démêlés des Guise, des Bourbons, des Montmorency et des Châtillon.

Marie Stuart se promena au milieu de ces mirages, à la fraîcheur des brises, au murmure de l'étang, sous les vignes, autour des pressoirs, le long des treilles chargées de grappes qui couvraient et revêtaient les murailles, imaginant peut-être, au pieds des monts Pentlands et dans ces rudes climats où elle allait vivre, d'autres amours pour se consoler de l'amour.