Marie s'humilia, désespérant de gagner autrement le puissant fanatique.
Un jour, elle dit à Knox qu'elle rendait justice à ses intentions et à ses lumières, et qu'elle le priait de l'avertir toutes les fois qu'il la surprendrait en faute. Knox répondit avec emphase qu'il était trop absorbé par les intérêts de la communauté chrétienne pour s'occuper de détails particuliers, et que le soin des peuples lui semblait plus obligatoire et plus digne de lui que la direction des consciences privées, fussent-elles des consciences royales. Marie fut si honteuse de sa condescendance, et si blessée de l'insolence de Knox, qu'elle ne put retenir ses larmes.
Un autre jour, elle lui dit :
« Vous ne mettez pas un sceau assez fort à vos lèvres ; vous prêchez, vous armez nos sujets contre nous, quoique le Christ recommande l'obéissance aux rois. Votre livre contre le gouvernement des femmes est dangereux et incendiaire.
— Qu'importe, madame, s'il est vrai? Vous avez nommé mon maître. Il s'appelle Christ. Lorsqu'il est venu sur terre, s'il n'eût pas été loisible aux hommes de rejeter l'ancienne erreur, où en serait l'Évangile? Les apôtres l'embrassèrent avec amour.
— Ils ne se révoltaient pas.
— En ne se soumettant pas, ils se révoltaient. Résister par conscience est le premier des devoirs.
— Croyez-vous donc, reprit Marie avec emportement, que les peuples aient droit contre les rois? »
A cela, Knox répondit longuement, puis s'animant :
« Il est écrit, madame, que les rois sont des pères. S'ils font le bien, s'ils ouvrent les yeux à la lumière, les sujets doivent les bénir ; sinon, s'ils sont insensés, tyranniques, aveugles, s'ils se complaisent dans la nuit, dans le mensonge, dans la volupté, les sujets peuvent leur arracher l'épée, la couronne, la liberté. Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux rois.