L'âpre pédanterie de Knox célébrée dans les presbytères et dans la vieille ville, fut blâmée à la cour. Les seigneurs protestants eux-mêmes s'en plaignirent. « Vous connaissez, écrivait Maitland à Cecil, la véhémence de tempérament de M. Knox. Elle ne se laisse pas modérer. Je souhaiterais qu'il parlât d'une façon plus douce et plus aimable avec la reine, qui déploie vis-à-vis de lui une sagesse bien au-dessus de son âge. »

Marie en effet, quoique impatientée et surprise de son impuissance, parvint à se contenir. Elle échoua avec un dépit intérieur contre le théologien, mais elle ne le méprisa point. Elle resta épouvantée de son audace et de sa force : « Sa voix, disait-elle, est le rugissement du lion. Quel dommage qu'un tel homme soit contre notre bien et celui de notre royaume! Mais il hait le pape, les rois, et encore plus les reines. » Après chaque entretien avec Knox, on remarqua toujours que Marie était triste. Ce n'était pas doute sur le catholicisme, c'était peut-être un peu déplaisir de coquetterie royale, qui n'aime pas à se donner en vain la peine de discuter ; mais c'était surtout terreur secrète des maux que ce demi-dieu de la multitude pouvait déchaîner sur l'Écosse.

LIVRE IV.

Élisabeth accueille hypocritement Maitland et les avances de Marie Stuart. — Lord James en faveur. — Créé comte de Marr, puis comte de Murray. — Il entraîne la reine dans sa querelle particulière contre le comte de Huntly. — Marie en campagne. — Son ardeur. — Sa grâce. — Description de l'Écosse. — Caractère des seigneurs écossais au XVIe siècle. — Défaite et mort du comte de Huntly à Corrichie. — Murray investi de la confiance du parlement et de la confiance de la reine. — Portrait de Murray. — Marie s'ennuie des affaires. — Elle se distrait dans les plaisirs. — Chastelard. — Ses messages. — Son amour pour la reine. — Ses vers. — Son procès. — Sa mort. — Le parc d'Holyrood. — Promenades de la reine. — Nouvelles de France. — Assassinat du duc François de Guise au siége d'Orléans. — Douleur profonde de la reine.

Marie était arrivée ennemie sur une terre ennemie. Elle s'était avancée avec les élégances et les mœurs du Midi dans cette Écosse grossière, sauvage, passionnée pour la liberté et pour la réforme. C'était la reine catholique, la reine bien-aimée du pape, de Philippe II et des Guise, l'héroïne du pouvoir absolu, l'adversaire irréconciliable du calvinisme. Il y avait sourdement aussi en elle je ne sais quelle âme de feu trempée dans cet idéal dépravé d'art, de volupté et de sang qui est le fond de la cour des Valois.

Élisabeth, éclairée par sa haine, comprit tout cela. Elle se promit d'attendre avec patience, et de saisir avec habileté les avantages qui lui donneraient le caractère et la situation de sa rivale.

Elle accueillit hypocritement le premier acte politique de Marie, qui avait été de lui dépêcher Maitland, afin de lui témoigner son désir de la paix. Marie, par son ambassadeur, s'avouait heureuse de renoncer à tous ses droits au trône d'Angleterre du vivant d'Élisabeth ; elle se bornait à prier sa « bonne cousine » de la reconnaître pour héritière légitime. Élisabeth, qui n'avait pas d'enfants, aurait pu accéder aux demandes de la reine d'Écosse ; mais la colère et l'envie dévoraient son cœur.

Marie s'acclimatait en soupirant à Holyrood. Elle traitait lord James moins en souveraine qu'en sœur. Elle le créa d'abord comte de Marr, puis comte de Murray, en joignant à ce titre une grande partie des biens immenses qui dépendaient de ce comté septentrional et qui appartenaient à la couronne. Malgré son ambition, Murray méritait ces distinctions par la politique de ménagements qu'il s'efforçait d'insinuer à Marie envers le parti protestant et la reine d'Angleterre. Seulement il voulait être le chef de cette politique dans laquelle il eût été si désirable que Marie sût persévérer.

Le comte de Huntly fut offensé d'une munificence qui semblait menaçante pour lui. Il était le seigneur le plus brave, le plus sage et le plus puissant du nord de l'Écosse. Il possédait une portion des domaines du comté de Murray. Il se résolut à ne rien céder de ses droits à lord James. Murray, maître du gouvernement, frère et favori de la reine, attira facilement Marie dans sa querelle particulière ; il l'entraîna même à l'armée. Par sa présence elle fit de cette querelle une affaire d'État. Elle se mit hardiment en campagne. L'air libre des Highlands l'enivra de vie. Elle montait un beau cheval qu'elle maniait et dirigeait aux applaudissements de ses nobles et de Murray. Elle regrettait de n'être pas un chevalier, pour dormir la moitié de l'année sur la dure, pour ceindre la cuirasse et l'épée. Elle respirait la guerre et les aventures en fille des Stuarts et des Guise. Elle se montrait contente de n'avoir plus pour dais royal que la voûte du ciel, et pour Holyrood que sa tente de tartan bordée de soie et d'or.

Déjà, au siége du château d'Inverness, Randolph, le spirituel et turbulent ambassadeur d'Élisabeth, raconte les témérités de Marie et les transports qu'excitaient son ardeur, sa grâce. « Nous étions là tout prêts à combattre, dit-il. O les beaux coups qui se seraient portés devant une si belle reine et ses dames! Jamais je ne la vis plus gaie, ni plus alerte ; nullement inquiète. Je ne croyais pas qu'elle eût cette vigueur. »