Tel était Jacques V, prince héroïque, mais inégal à cette grande tâche de la monarchie au XVIe siècle. Il fallait alors un diplomate autant qu'un chevalier. Jacques n'est pas un roi d'histoire ; c'est un roi de ballades, galant, chimérique, dominé par des prêtres habiles et par sa femme, la sœur des Guise ; opprimé par ses Écossais rebelles et anarchiques ; menacé sans cesse par la politique et par la théologie de Henri VIII.
Il est juste d'ajouter qu'il déployait parfois les rigueurs salutaires de la toute puissance contre les grands en faveur des petits. Sa haine était implacable, inextinguible envers les Douglas, les tyrans de sa jeunesse et de l'État. Il fit une célèbre tournée en Écosse et sur les frontières, où, dans sa soif de la justice, il livra au bourreau les plus formidables maraudeurs de ces contrées, ravagées sans cesse par le brigandage armé des seigneurs. La terreur qu'il inspira dans les châteaux devint la sécurité des chaumières, où l'on bénissait tout haut le nom du roi Jacques, et où l'on disait : « Maintenant les troupeaux n'ont pas besoin d'autres pasteurs, pour les garder, que les buissons des prairies. »
Jacques V ne vécut que trente et un ans. Son règne fut presque aussi long que sa vie. Plus je médite ce règne, plus j'y surprends les causes primitives, lointaines des catastrophes qui suivirent ; plus je me pénètre de cette conviction que Jacques, par sa conduite dans les affaires religieuses de son siècle, amassa lentement les nuages d'où partit la foudre qui devait consumer son trône, sa patrie et sa famille.
Il était, par sa mère Marguerite, neveu de Henri VIII.
On sait comment le monarque anglais, d'abord le défenseur de la foi contre Martin Luther, fut amené à secouer l'autorité de l'évêque de Rome. Il changea la religion de son royaume, s'empara des biens du clergé catholique, et les distribua à ses nobles, dont il se fit ainsi des partisans. Landes, bois, prairies et bétail, vaisselle plate, meubles sculptés, statues, tableaux, bibliothèques et chartes, il enleva tout et prodigua tout, selon sa politique. Il cédait à ses caprices les plus désordonnés. Il donna une ferme ecclésiastique à l'un de ses cuisiniers qui lui avait préparé un mets exquis. Il usurpa en même temps la direction des idées nouvelles ; il en fut le chef. Tout en restant roi, il fut le pape de la réforme en Angleterre. Ses passions, infâmes dans leur principe, lui valurent un génie. Le génie ne l'aurait pas élevé, pour le présent et pour l'avenir, pour lui et pour ses descendants, à une fortune plus haute et plus sûre. Il aimait son neveu, il haïssait le catholicisme. Il résolut de fortifier et d'accroître l'un aux dépens de l'autre. Il pressa le roi Jacques de suivre son exemple et de livrer l'Écosse à la réforme, qui avait déjà pénétré dans cette terre obstinée et barbare. Le peuple ne s'y montrait pas contraire. La noblesse, qui connaissait les largesses que Henri avait faites avec les biens des monastères et du clergé, cédant d'ailleurs au souffle qui inclinait les têtes les plus fières devant les préceptes de Calvin ; la noblesse espérait du roi Jacques les mêmes faveurs qu'avait prodiguées le monarque anglais, et ouvrait tous les horizons de son intelligence aux doctrines presbytériennes.
Jacques lui-même ne fut pas d'abord rebelle aux desseins de Henri VIII. Il poursuivit tous les abus du catholicisme avec une légèreté moqueuse et spirituelle. Il commanda même, contre la corruption de l'Église, des satires à David Lindsay du Mont, le poëte à la mode, et des pamphlets à Buchanan, le plus éloquent écrivain de tout le royaume.
Lindsay railla en artiste le clergé catholique, Buchanan le frappa en théologien.
Il se forma une opinion publique redoutable aux croyances de Rome. Des précurseurs de Knox parcoururent le pays, et prêchèrent, dans les premiers transports de leur foi, le retour au saint Évangile. Ils prêchaient dans les chaumières, ils prêchaient dans les châteaux, suscitant partout des disciples, partout des soldats aux idées nouvelles. Le presbytérianisme se propageait avec une rapidité qui devait accélérer encore la persécution.
Ses apôtres graves et résolus, d'un courage qui égalait leur dévouement, n'aspiraient qu'au martyre. Ils attaquaient l'Église romaine avec toute l'ardeur d'un jeune enthousiasme.
Ils s'emportaient contre les abstinences, contre le culte des saints, contre les prières pour les âmes du purgatoire, dont le dernier mot était toujours une dîme, un impôt universel et forcé, levé par la cupidité du clergé sur la crédulité des peuples.