En tourment tel ;

Mon malheur déplorable

Soyt sur moy immortel!

Marie répondit à ces vers. Elle embrasa les sens, elle exalta l'imagination du pauvre jeune gentilhomme. Elle lui donna la fièvre et le délire. Chastelard, éperdu, décidé à tout, se cacha sous le lit de la reine, dont les dames le découvrirent. Marie, plus amusée qu'irritée, pardonna à Chastelard et le congédia. Il ne tarda pas à reparaître, et Marie recommença ses jeux. Elle l'enflamma de nouveau, et le fascina si bien, que Chastelard se glissa dans le cabinet de toilette, et de là encore sous le lit de la reine à Burnt-Island. Trahi une seconde fois par les femmes de Marie, il ne trouva plus qu'indifférence et abandon dans cette princesse.

La reine qui, lorsqu'elle aimait, était si téméraire avec l'opinion publique, fut timide, lâche même en cette circonstance. Elle s'épouvanta des calomnies répandues et prêchées contre elle jusque dans les temples par les ministres protestants. Elle leur concéda comme gage de sa vertu cette tête dévouée. Elle résista à toutes les instances qui lui furent adressées. Revenue à Holyrood, elle refusa de commuer la peine de mort prononcée contre Chastelard par des juges fanatiques, et elle ordonna d'effacer ces deux petits vers gravés par une main inconnue sur un des lambris de sa chambre :

Sur front de roy

Que pardon soit!

J'ai retrouvé au mur du vieux palais, sous la rouille de trois siècles, la trace de ce généreux conseil ; Marie dut la retrouver bien souvent dans sa conscience.

Chastelard avait été conduit à la Tolbooth. Il avait des amis. L'un d'eux, Erskine, cousin du capitaine des gardes de la reine, lia connaissance avec le geôlier, et essaya de l'enivrer pour sauver Chastelard. Mais le geôlier, qui était un rigide presbytérien, déjoua ce plan d'Erskine. Il veilla jour et nuit sur son prisonnier, qu'il garda soigneusement pour le bourreau.

On voudrait croire que la reine ne fut pas étrangère à cette tentative d'évasion. La parenté d'Erskine avec le capitaine des gardes est, à défaut de preuves, un indice favorable à Marie.