Dans les grands moments où sa figure perdait son expression habituelle de frivolité, Chastelard ressemblait beaucoup au chevalier Bayard. En sortant de la prison, il le rappelait par ses traits, par sa taille et par son intrépidité. « Si je ne suis pas sans reproche comme mon aïeul, dit-il, comme lui, du moins, je suis sans peur. »

Il monta sur l'échafaud avec la même bravoure que que s'il eût marché à l'ennemi. Il ne voulut ni ministre ni confesseur, et récita, pour toute prière, l'ode de Ronsard sur la mort. Avant de livrer son cou à la corde, il se recueillit un instant, puis il plongea ses regards et les fixa dans la direction du château d'Holyrood, en s'écriant : « Adieu, toi, si belle et si cruelle, qui me tues et que je ne puis cesser d'aimer! »

Telles furent les dernières paroles de Chastelard ; son âme sembla s'exhaler avec elles. Précipité par l'exécuteur, ce jeune homme si plein de vie ne fut bientôt qu'un froid cadavre. Suspendu au chanvre des criminels, il fut exposé tout un jour à la curieuse férocité du peuple, doublement heureux du supplice d'un Français et d'un papiste.

Marie n'apprit pas cette exécution sans une émotion profonde, et l'on observa qu'elle descendait plus fréquemment dans son parc.

Le parc d'Holyrood était alors une des passions de la reine. Elle y trompait son ennui, et s'efforçait d'y donner le change à ses chagrins. Il fallait qu'elle fût malade pour ne pas se promener à travers ces lieux charmants que son père et ses ancêtres avaient plantés de si beaux arbres, qu'elle avait elle-même ornés de fleurs, de fontaines, et peuplés d'animaux innombrables.

Le parc d'Holyrood se réduit maintenant à un triste parterre fermé d'une grille. C'est là que Charles X déchu se réfugiait, au moindre rayon, le long de l'allée sinueuse qui entoure la chapelle, comme si, repoussé de ce palais par les tragiques souvenirs de Marie Stuart et par sa propre infortune, il eût aimé à prier Celui qui allége les fardeaux les plus lourds près du sanctuaire en ruines où sans doute il goûtait les meilleures consolations de son exil. Tel est l'enclos d'aujourd'hui ; mais hors de cet étroit espace, le parc d'Holyrood s'étendait, sous Marie Stuart, d'horizon en horizon jusqu'au sable fin de la mer.

Ce parc de délices, où la Sulamite du seizième siècle exhala dans toutes les ivresses son cantique des cantiques, est bien changé aujourd'hui. La vipère rampe, la ronce pousse, la bruyère croît au-dessus d'un gazon blême entre quelques maisons isolées blanchissant çà et là dans un désert.

Hélas! tout est morne et stérile, mais tout était vivant, animé, à travers ces jardins où cependant Marie Stuart se souvenait de la France en soupirant.

Ce parc admirable qui partait du palais, et dont la limite était le Forth, avait été tracé avec un art infini. Des bois de sapins, de chênes et de peupliers s'y élevaient dans la brume ; des saules s'y courbaient sur les canaux, au milieu de fraîches pelouses foulées sous les pas de la politique, de l'amour et de l'ambition. Des troupeaux de daims y couraient en liberté, et des nuées de mouettes s'y abattaient près du rivage. La reine avait toujours aimé les animaux. Ils avaient été son amusement dans son enfance, à Inch-Mahome ; ils furent son plaisir, son luxe dans sa puissance ; et, plus tard, on les verra devenir une société, une famille pour elle dans ses prisons d'Angleterre.

Marie s'oubliait souvent des heures entières dans des promenades où son imagination de poëte secouait sur elle des songes plus riants que les réalités, et où, parmi les cerfs et les alcyons, elle se plaisait à rêver de sa première patrie, meilleure que la seconde. Les courtisans n'avaient pas manqué de s'apercevoir que lorsqu'elle rentrait au palais elle était de plus facile humeur. C'était le moment où elle accordait le plus volontiers les grâces qu'on avait à lui demander.