Quand, au lieu d'un royaume, elle y trouva la mort.
Jacques, poussé par ses conseillers et par le désir de renouveler sa race, demanda une autre princesse presque française, Marie de Lorraine, de la famille catholique des Guise. C'était un engagement sûr envers la cour de Saint-Germain et envers Rome.
La noblesse protestante murmura, et les récentes persécutions contre les rebelles à l'Église redoublèrent. Un grand nombre de ces malheureux furent livrés aux flammes par les juges ecclésiastiques de l'archevêque de Saint-André. Ni l'âge, ni le sexe, ni le rang, ne furent épargnés. Ce tribunal ne fut surpassé en rigueur et en fanatisme que par les tribunaux de Valladolid et de Goa. Il fut dans le nord comme l'apparition formidable de l'inquisition du midi.
Irrité, moins de ces cruautés que d'un plan de règne et d'un système politique, religieux, diplomatique, si opposé à ses desseins, Henri VIII envoya un ambassadeur, sir Ralph Saddler, à Édimbourg. Il lui enjoignit de représenter à Jacques les rapines, la licence, les immoralités du clergé, et de sommer le roi d'Écosse de se prononcer entre la France et l'Angleterre, entre le catholicisme et la réforme. Sir Ralph Saddler, dont les instructions étaient si impérieuses, ne les tempéra pas assez par la modération de ses paroles ; et il blessa deux fois le prince, décidé déjà par l'autorité des Beatoun, les organes du clergé auprès de lui, par l'attrait de l'or français, et surtout par l'influence de sa jeune femme, Marie de Guise. Jacques éluda de répondre aux instances de sir Ralph Saddler, promettant seulement d'aller à York afin de s'entendre avec son oncle, dans une entrevue de roi à roi. Henri VIII, fidèle au rendez-vous, attendit vainement son neveu toute une semaine. Il reçut enfin un message de Jacques, qui s'excusait sous un frivole prétexte. Transporté de colère, Henri VIII lança sans différer une armée en Écosse.
Jacques était prêt. Il eut quelques avantages contre les Anglais. Animé par ce succès, il marcha lui-même sur les frontières, à la tête de toutes les forces de son royaume. Arrivé à Fala, il apprit que les Anglais s'étaient retirés sur leur territoire, et il donna l'ordre de les y poursuivre. Loin de lui obéir, les nobles lui déclarèrent avec fermeté qu'ils étaient venus pour protéger leur patrie contre une invasion, mais qu'ils ne prolongeraient pas en Angleterre une guerre impolitique, entreprise follement contre le vœu de l'Écosse et dans les intérêts de Rome.
Jacques pria, s'emporta : tout fut inutile. Ses efforts se brisèrent contre la détermination de la noblesse, au fond presbytérienne ; et son armée se dispersa. Il revint désespéré à Édimbourg. Impatient de venger sa honte, il assemble une seconde armée de dix mille hommes, dont il donne le commandement à Olivier Sinclair, son favori, le complaisant des prêtres, et le plus ardent fauteur de cette guerre impopulaire. Cette seconde armée est taillée en pièces près de Solway-Moos, par Thomas Dacre et John Murgrave.
La nouvelle d'une telle déroute traversa le cœur du roi, comme une flèche anglaise de ces archers qui avaient assuré la victoire à Henri VIII. Jacques, rugissant et gémissant, se retira dans son château de Falkland, où une fièvre chaude se joignit à sa douleur pour agiter son imagination de fantômes.
Jacques avait perdu ses deux fils. Il s'était aliéné la fidélité de sa noblesse et l'amour de son peuple par son dévouement aux croyances antiques. Il avait appris que la renommée de ses armes était à jamais ternie.
Des rêves cruels troublaient son sommeil, et sa veille était peuplée de visions sinistres. Les spectres de ceux qui avaient été condamnés aux flammes se dressaient de leur tombeau, et apparaissaient au malheureux prince. Les uns lui faisaient signe et l'appelaient, d'autres s'approchaient avec des tenailles ardentes ; d'autres le précipitaient dans une fournaise de feu, d'autres dans l'abîme des eaux. L'un de ces spectres, le plus acharné, lui avait coupé les deux bras, et lui jurait de revenir lui couper la tête.
Cette agonie fut longue et terrible.