Les dernières heures du pauvre roi furent plus calmes. La fièvre diminuant, il recouvra toute sa raison. C'est alors qu'on lui annonça l'accouchement de la reine et la naissance de Marie Stuart. Jacques se leva sur son séant, et un sentiment de bonheur passa sur son visage comme un éclair ; mais il retomba bientôt, de découragement, sur son oreiller. « Ceux, dit-il, qui n'ont pas respecté le chardon royal et qui ont flétri la couronne d'Écosse, ceux qui ont profané cette couronne sur mon front, l'arracheront du sien. Par fille elle est venue, et par fille elle s'en ira. » Telles furent les paroles prophétiques de Jacques V ; après quoi, se retournant dans son lit d'angoisse, et poussant un grand cri, il expira (14 décembre 1542).

La faute ou le malheur de ce monarque, si éminent à tant de titres, ce fut de s'obstiner dans la foi du passé, quand l'Écosse tout entière palpitait à la foi presbytérienne. S'il agit ainsi par devoir, qui oserait l'en blâmer? Mais s'il fut incliné par mollesse à repousser la jeune idée que son royaume saluait avec enthousiasme ; si, comme il est permis de le supposer, il céda moins à la conviction qu'à l'influence du clergé et des Beatoun, il n'y a pas de justification pour sa politique.

Que fit-il, en effet, lorsqu'il se déclara le proscripteur de la réforme pour laquelle son peuple se passionnait? Au lieu d'incarner sa dynastie dans ce peuple, au lieu de la souder à lui, il la sépara des sujets intrépides et fiers sur lesquels elle était appelée à régner : il empêcha Marie Stuart d'être une Élisabeth d'Écosse. Un peuple n'adopte que les souverains qui le personnifient par l'intelligence, par la foi, par le cœur. Les autres, les souverains dont le symbole lui est hostile, un peuple les hait d'abord ; et quand le jour des crises arrive, il les combat, il les efface de son histoire dans un divorce sanglant.

Les Bourbons sont un exemple politique de cette fatalité. Les Stuarts en furent avant eux un exemple religieux, depuis Jacques V jusqu'au dernier d'entre eux, jusqu'au second fils du chevalier de Saint-Georges, qui mourut à Rome sous la robe rouge de cardinal, près de l'Église, et loin du trône où sa place était marquée, sans la faute irréparable de son ancêtre.

Le protestantisme n'était, il est vrai, qu'un premier pas dans l'avenir religieux de l'humanité. Mais, quelles que soient ses erreurs et ses bornes, il apportait aux hommes le libre examen. Pour les sujets de Jacques V, il était une seconde révélation ; en le persécutant, le roi se perdit avec toute sa race.

Je dois le dire cependant : malgré la répression inquisitoriale et barbare exercée contre le protestantisme par Jacques et par son gouvernement, le temps a réconcilié ce prince avec l'Écosse presbytérienne. Chose incroyable! il a retrouvé dans la postérité la faveur des commencements de son règne. Depuis les flots de la Tweed jusqu'aux sommets des highlands, j'ai vu partout l'image de Jacques V. Il revit, dans la hutte des montagnards, sur d'humbles pages d'almanach ; et, dans les châteaux des nobles, sur des toiles admirables. On le cite pour sa bravoure, pour sa générosité, pour ses largesses aux ouvriers et aux paysans. Tout le reste est oublié ; et dans les mystères du souvenir, comme dans les vieux cadres de ses portraits, il demeure couronné de ce prestige immortel que la légende et l'art conservent, de génération en génération, aux femmes qui ont été belles, aux héros qui ont été bons, et aux rois qui ont sincèrement aimé leurs peuples.

La mort de Jacques ouvrit la plus orageuse des minorités, une minorité où le schisme devait enflammer la révolte, où la guerre étrangère devait s'entremêler à la guerre civile pour ravager la malheureuse et sauvage Écosse.

C'est dans ces conjonctures difficiles que la petite Marie fut sacrée à Stirling. Elle avait un peu plus de neuf mois. On remarqua, avec une sorte de superstition et d'effroi, qu'elle ne cessa de verser des larmes durant toute la cérémonie, comme si de ces limbes de l'enfance elle eût déjà pressenti le sombre avenir!

Marie, qui avait pour dot un royaume, était la secrète espérance de la France et de l'Angleterre. Henri VIII la voulait pour le prince Édouard, son fils ; mais les Guise, ses oncles, la destinaient au jeune François II, et leurs désirs étaient des lois à Holyrood. Après des années de lutte contre les factions, Marie de Lorraine, pour complaire aux Guise, et aussi pour arracher sa fille à toutes les vicissitudes des rébellions, se résolut à l'envoyer en France.

Pendant les troubles antérieurs et la guerre avec l'Angleterre, qui dura jusqu'en 1546, Marie Stuart, confiée aux soins des lords Erskine et Livingston, avait résidé au château de Stirling, et surtout au monastère d'Inch-Mahome, au milieu du lac Monteith. La reine douairière avait fini par trouver cet asile sûr à sa fille, qu'elle avait sauvée longtemps de retraite en retraite. « Estant aux mamelles testant, sa mère l'alla cacher, dit Brantôme, de peur des Anglois, de terre en terre d'Écosse. »