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D'amant, le comte de Bothwell devint bientôt le maître de Marie. Elle l'aima éperdument, sans souci d'elle-même ni de sa renommée. Elle ne se donna plus la peine de cacher son aversion pour le roi. Le malheureux et coupable prince ne fut pas seulement annulé, il fut abreuvé d'outrages. « … Il se promenoit toujours seul de côté et d'autre, dit Melvil, tout le monde voyant qu'on regardoit comme un crime de l'accompagner. »

Riccio était bien vengé!

Accoutumé à la voix des flatteurs, nourri de futiles conversations de galanterie et de poésies licencieuses, incapable d'application, de fermeté, d'audace ; préoccupé uniquement des modes d'Italie, d'Espagne, des belles manières de France ; indigne de l'épée et du sceptre, trop pesants pour son bras, Darnley était mal préparé aux adversités.

Haï de Marie, méprisé de tous ceux qu'il avait trahis après la mort de Riccio, il ne parlait, dans son désespoir, que de s'expatrier et de quitter un royaume où il était abhorré.

Il souffrait avec un orgueil de race et les évanouissements d'une faiblesse lâche tout ce qu'un homme peut souffrir.

Il savait que la reine était à un autre, et, s'il eût pu douter du déshonneur qu'elle lui infligeait avec éclat, les regards moqueurs, les sourires équivoques des nobles l'auraient éclairé. Il vivait d'insultes et les dévorait en silence. Le temps des récriminations était passé pour lui. Nul ne lui permettait plus de se plaindre. Sa couronne d'emprunt était devenue une couronne d'épines. Elle n'était plus même un ornement pour sa tête, elle était une honte ajoutée à toutes les autres. Il était raillé comme homme et bafoué comme roi. Encouragés par Marie, les courtisans ne se levaient plus en sa présence. Tamworth, un ambassadeur d'Angleterre, refusa un passeport que Darnley avait signé. Le nombre des chevaux et des équipages du pauvre jeune roi fut réduit jusqu'à la parcimonie ; sa vaisselle d'or lui fut retirée ; et ses officiers, jusqu'à ses serviteurs, devinrent les instruments de Bothwell.

Le comte de Bedford écrit à Cecil, le 3 août 1566 :

« La reine d'Écosse et son mari sont ensemble comme ci-devant, et même encore pis ; elle mange rarement avec lui ; elle n'y couche jamais ; elle ne se tient point en sa compagnie, et elle n'aime point ceux qui ont de l'amitié pour lui. Elle l'a tellement rayé de ses papiers, que lorsqu'elle est sortie du château d'Édimbourg pour aller au dehors, il n'en savoit rien. La modestie défend de répéter ce qu'elle a dit de lui, et cela ne seroit pas à l'honneur de la reine. Un nommé Pickman, marchand anglois, qui avoit un épagneul assez beau et excellent nageur, le donna à M. Jacques Melvil ; celui-ci, voyant que le roi se faisoit un grand plaisir d'avoir de ces sortes de chiens, le donna au roi. La reine, à cette occasion, fit des reproches terribles à Melvil, l'appela fourbe et flatteur, et lui déclara qu'elle ne pouvoit point avoir de confiance en celui qui offrait des présents à un homme qu'elle n'aimoit point. »

Le page de Darnley, Taylor, lui resta seul fidèle.