Aucun des originaux de ces pièces n'existe maintenant. Les seigneurs compromis dans le band et qui l'avaient signé, s'empressèrent de le livrer aux flammes et d'anéantir ainsi la preuve irréfragable de leur complicité. Plus tard Jacques Ier, devenu roi d'Angleterre, fit disparaître les contrats, les lettres et les sonnets qui déshonoraient sa mère ; il les rechercha partout pour les brûler.
Les lettres surtout sont d'une haute importance historique.
Elles furent écrites par Marie Stuart en français avec ce tour vif, naturel, passionné qui distingue le génie impétueux et léger de la reine d'Écosse. C'est sous cette forme qu'elles furent produites aux conférences d'York et de Hampton-Court ; sous cette forme qu'elles consternèrent les amis de Marie, et qu'elles réjouirent ses ennemis. « Lorsque Murray eut remis à Élisabeth les pièces du procès, dit Melvil, elle en eut un bonheur extrême et elle sentit un profond contentement du déshonneur de Marie Stuart. »
Plus tard, les originaux disparurent. Il ne resta des lettres que trois traductions en écossais, en latin et en anglais. La traduction latine, qui avait été faite sur l'écossais, fut elle-même traduite en français, de sorte que les lettres actuelles ne sont pas les lettres primitives, mais la version de troisième main des lettres de Marie Stuart. C'est ce qui explique leur infériorité de charme, de talent, de style, si on les compare aux autres lettres de la reine d'Écosse.
Elles ont même été déclarées apocryphes par George Chalmers, William Tytler, Withaker, Goodall, Lingard et le prince Labanoff. M. Fraser Tytler ne se prononce pas. Elles ont été reconnues authentiques par les trois grands historiens de France, d'Angleterre et d'Écosse : de Thou, Hume, Robertson, auxquels il faut ajouter Sharon Turner, Hallam, Malcolm, Laing, Raumer, Philarète Chasles, l'humoriste, l'éloquent et spirituel professeur, enfin M. Mignet, qui, dans une série d'articles excellents, a su tempérer, par la réserve la plus prudente, une haute, curieuse et savante critique.
Après avoir pesé les raisons qui valent mieux que les noms propres, mon opinion n'est pas douteuse sur ces lettres. Je les crois altérées dans la forme, mais aussi je les crois vraies au fond, d'une vérité que les vieux historiens ne soupçonnaient pas et que le temps a dévoilée. J'aurais voulu les trouver fausses. L'évidence m'a vaincu. Tout l'enchaînement de la conduite privée et publique de la reine, tous ses actes, toutes ses paroles, démontrent l'authenticité de ces lettres. Le plus irrécusable témoin contre Marie, c'est elle-même.
Les preuves abondent.
Et d'abord, comment n'être pas frappé de la coïncidence de ces lettres avec une relation de Crawford, le gentilhomme le plus loyal de la petite cour du comte de Lennox? Cette relation, écrite de la main de Crawford et déposée aux archives d'Angleterre sous l'étiquette de Cecil, raconte la principale entrevue de la reine et de Darnley à Glasgow.
Marie arrive inopinément. Darnley, par un pressentiment mystérieux, redoute la reine en l'adorant. Il lui fait dire qu'il est malade, et on lui insinue qu'il vaudrait mieux qu'elle retournât. Marie force la porte en reine, et s'assied au chevet du jeune roi qu'agite l'émotion la plus vive. Marie cause d'abord de la santé de Darnley, puis de choses futiles, puis elle aborde le sujet grave, presque impossible.
« Vous vous méfiez de moi… Ne prétendez-vous pas avoir découvert un complot contre votre vie?