« … Je ne l'ay jamais vu mieux, ni parler si doucement. Et si je n'eusse appris par l'expérience combien il avoit le cœur mol comme cire, et le mien dur comme diamant, et lequel nul trait ne pouvoit percer, sinon décoché de vostre main, peu s'en est fallu que je n'eusse eu pitié de luy. Toutefois, ne craignez point.
« Le roy me requiert que je luy donne à manger de mes mains. Or, vous n'en croyez pas par delà rien davantage pendant que je suis icy.
« … Il n'a pas été beaucoup rendu difforme… Je n'approche pas près de luy, mais je m'assieds en une chaise à ses pieds, luy étant en la partie du lit la plus éloignée… Je viens à ma délibération odieuse : Vous me contreignez de tellement dissimuler que j'en ai horreur, vû que vous me forcez de ne jouer pas seulement le personnage d'une traistresse. Qu'il vous souvienne que si l'affection de vous plaire ne me forçoit, j'aimerois mieux mourir que de commettre ces choses ; car le cœur me saigne en icelle. Bref, il ne veult venir avec moy sinon sous cette condition, que je lui promette d'user en commun d'une seule table et d'un même lit comme auparavant, et que je ne l'abandonne si souvent ; que si je le fais ainsi, il fera tout ce que je vouldray et me suivra.
« … Je ne m'esjouis pas à tromper celuy qui se fie en moy. Néanmoins vous me pouvez commander en tout. Ne concevez donc point de moy aucune sinistre opinion, puisque vous-même êtes cause de cela : je ne le ferois pas contre luy par une vengeance particulière.
« … Je ne l'ai pas vu cette après disnée, parceque je faisois votre brasselet auquel je ne puis accommoder de la cire : car c'est ce qui défaut à sa perfection. Et encore je crains qu'il n'y survienne aultre inconvénient et qu'il soit reconnu… Avisez que personne de ceux qui sont icy ne le voye… faites-moy entendre si vous le voulez avoyr, et si avez affaire de quelque peu plus d'argent, et quand je dois retourner, et quel ordre je tiendray à parler à luy (Darnley) ; il enrage quand je fais mention de Lethington, de vous et de mon frère.
« Je ne pense que choses fâcheuses, mon cher amy, puisque pour vous obeyr je n'espargne ni mon honneur, ni ma conscience, ni les dangers, ni même ma grandeur, quelle qu'elle puisse être : je vous prie que le preniez en la bonne part et non selon l'interprétation du faux frère de votre femme, auquel je vous supplie aussy n'ajouter aulcune foy contre la plus fidelle amye que avez eû ou que vous aurez. Ne regardez point à celle (lady Gordon) de laquelle les feintes larmes ne vous doivent être de si grand poids que les fidelles travaux que je souffre, afin que je puisse mériter de parvenir en son lieu : pour lequel obtenir je trahi voire contre mon naturel ceux qui m'y empescheroient. Dieu me le veuille pardonner!
« … Encore que je n'oye rien de nouveau de vous, toutes fois, selon la charge que j'ai reçue, j'ameine l'homme avec moy lundy à Craigmillar.
« … Aymez-moy.
« Comme… la tourterelle qui est sans compagnon, ainsi je demeurerai seule pour pleurer votre absence, quelque briefve qu'elle puisse être. Cette lettre plus heureuse que moy ira ce soir où je ne puys aller. »
De tels fragments ne prouvent que trop la participation de Marie Stuart au meurtre de Darnley. Ils sont tirés des lettres trouvées après la fuite de Bothwell dans une cassette d'argent où l'initiale F., surmontée d'une couronne, était gravée plusieurs fois. Cette cassette, que M. le duc d'Hamilton conserve comme une relique héréditaire, Marie Stuart la tenait de François II et l'avait donnée à Bothwell. Il y avait déposé le band pour l'assassinat de Darnley avec deux contrats de mariage, huit lettres galantes et des sonnets amoureux de Marie.