On sait que Darnley était malade chez son père.

Elle quitta inopinément Holyrood et se hâta d'arriver à Glasgow, sous prétexte de soigner le roi. Il fallait le ramener à Édimbourg, où il ne serait plus sous la surveillance paternelle, où il serait livré tout entier à ceux qui avaient résolu sa mort.

Voici quelques pages des lettres que Marie écrivait jour par jour à Bothwell :

« Quand je fus partie du lieu (Édimbourg) où j'avais mon cœur, jugez de mon estat, puisque j'étois comme un corps sans ame, qui a été cause que jusqu'à la disnée je n'ay pas tenu grand propos. Aussy personne ne s'est voullu avancer, estimant bien qu'il n'y faisoit bon.

« … Nul des habitants (de Glasgow) n'est venu à moy, qui faict que je croys qu'ils sont d'avec celui-là (le comte de Lennox), et puis ils parlent en bien, au moins, du fils. Davantage je n'aperçoys aucuns de la noblesse oultre ceulx de ma suyte.

« … Il dit (le roi) qu'il se trouvoit si joyeux de me voir, qu'il pensoit mourir de joye. Cependant il étoit peiné de ce que j'étois ainsi pensive. Je m'en allay souper. Il me prya de retourner : ce que je fis. Il me déclara son mal, ajoutant qu'il ne vouloit pas faire de testament, sinon cettuy-seul, c'est qu'il me lesseroit tout.

« … Que si je puis obtenir pardon, m'a-t-il dit encore, je promets ci-après de ne vous plus offenser. Je ne vous demande plus rien, sinon que nous ne faisions qu'une table et qu'un lit comme ceulx qui sont mariez. A cela si vous ne consentez, jamais je ne seray remis sus. Je vous prie me faire entendre ce que vous aurez délibéré ; car Dieu sçait quelle peine je porte de ce que j'ai faict de vous une idole, et que je ne pense à autre chose qu'à vous.

« … Il advoue (le roi) qu'il estoit averti par Minto qu'on disoit qu'un du conseil m'avoit aporté des lettres, afin de les signer pour le faire mettre en prison ; voire s'il n'obeyssoit, pour le tuer.

« … Il désiroit fort que j'allasse loger en son hostel ; ce que j'ay refusé, lui disant qu'il avoit besoing de purgation et que cela ne se pourroit fayre. Je dis que je le menerois avec moy à Craigmillar, afin que là les médecins et moi le peussions secourir, et que je m'esloignasse de mon fils. Il respondit qu'il estoit prest d'aller où je voudrois, pourvu que je le rendisse certain de ce qu'il m'avoit requis.

« … Il ne vouloit pas permettre que je m'en allasse, mais désiroit que je veillasse avec luy.