Je lui demandai sottement :

— Que cherchez-vous donc dans vos pipes ?

— Que cherchez-vous dans la vie ? dit-il.

Et il aspira.

Je secouai Patrice et, tout dormant encore, titubant, je l’emmenai.

Nous arrivâmes chez Zarnitsky. Le Russe dormait sur son grabat, avec un bras nu, décharné, hors de la couverture criblée de trous. La jeune Op. 23, déjà debout, faisait le ménage, balayait. Elle était petite, large de taille et de bassin, un peu lourde, mais, au demeurant, exquise, à cause de son visage si frais, si rose, de ses lèvres très rouges entr’ouvertes sur des dents très blanches. Elle cessa de travailler et me regarda avec son sourire d’enfant.

— Mais tu es belle comme un ange, ma fille ! lui dis-je.

Elle continuait à me regarder et à sourire. Ce regard et ce sourire m’énervèrent… Je la pris par les deux épaules et l’embrassai brutalement sur la bouche.

— Allons ! Allons ! dit Zarnitsky, qui nous avait vus. Fichez-lui la paix ! Ce ne sera jamais fini pour neuf heures !

Op. 23, qui s’était prêtée à mon baiser comme à la chose la plus naturelle du monde, s’essuya simplement la bouche d’un revers de main et recommença à balayer.