«Une nouvelle distraction leur vient soudainement à l'esprit: du haut des tranchées, ils nous couvrent de terre, de boue.,. Ils s'amusent follement!

«Toujours la pénible et cruelle attente... Que c'est long... Soudain un shrapnell éclate au-dessus de moi; un éclat vient se loger dans mon dos...

«Le jour paraît enfin.

«A partir de ce moment mes souvenirs sont un peu confus. La dernière blessure ne me fait pas souffrir; c'est le coup de feu à la cuisse qui provoque d'atroces douleurs, effaçant sans doute les autres.

«Je me rappelle des hurlements et des gémissements.

«Aucun secours n'arrive, personne ne peut et n'ose bouger. La soif, l'horrible soif, voilà le pire mal; nos gorges sont en feu, nous ne respirons plus qu'avec effort. Toujours les mêmes plaintes. «A boire! à boire!» crient les blessés probablement tracassés par la fièvre.

«Nos gourdes sont toutes vides; il faut attendre... La mort fait son oeuvre. Des soins immédiats auraient été le salut pour plusieurs...

«Tout se trouble; je crois que tout est fini... La pluie s'abat sur nous avec rage, de loin en loin une balle siffle encore au-dessus de nos têtes, une rumeur lugubre monte... s'éteint... Puis c'est le calme complet.

«Il me semble que je n'ai plus rien à attendre... et que je pars...

«Pendant des heures je demande de l'aide aux brancardiers allemands. Les uns font semblant de ne pas m'entendre, les autres me répondent qu'ils sont chargés de ramasser les Allemands et non pas de secourir les Belges, qui n'ont qu'à attendre.