Autrefois, tout pirate pris était pendu à la première vergue! L'Allemagne ne peut rien ajouter à son ignominie.

(La Vérité, n° 3, 20 mai 1915, p. 9.)

2. La justification, à l'allemande, des cruautés commises en Belgique.

a) Justification avant la lettre.

Ne pouvant pas essayer de nier entièrement les carnages et les incendies ordonnés par ses chefs militaires, l'Allemagne a expliqué leurs procédés en les décorant du nom de «représailles».

Rien n'est plus instructif à ce point de vue que la lecture des Lois de la guerre d'après le grand État-major allemand (Kriegsbrauch im Landkriege, 1902). Malheureusement, il n'existe en Belgique qu'un assez petit nombre d'exemplaires de la traduction française de ce livre (voir p. 180). Comme il paraissait utile de répandre dans le public les instructions du grand État-major allemand et de faire ressortir leur froide cruauté, on joua à l'autorité allemande le tour que voici: on reprit simplement les passages les plus saillants et on les publia sans aucun commentaire, dans deux brochures à 10 centimes. Celles-ci, soumises à la censure, durent être autorisées par elle. Dans une troisième brochure, portant le même titre général: Pour instruire le public, on réunit une collection des affiches allemandes les plus abominables, celles qui violaient le plus ouvertement les lois de l'humanité et la Convention de La Haye, mais qui étaient, par cela même, conformes à l'esprit des Lois de la guerre d'après le grand État-major allemand.

Ces brochures forment les nos 12, 13 et 14 de la série éditée par M. Brian Hill. Les nos 1 à 10 ont été prohibés en bloc, quoiqu'ils fussent au fond beaucoup moins significatifs que les nos 12, 13 et 14. On emprisonna M. Brian Hill pour la brochure sur M. Adolphe Max (p. 5). Mais on dut se résigner à voir, en belle place, aux vitrines des libraires, les trois brochures Pour instruire le public.

Plus tard les idées du grand État-major ont été reprises, et commentées cette fois, dans les nos 12 et 13 de La Libre Belgique. Comme les Lois de la guerre allemandes ont été mises au pilori dans tous les pays civilisés, nous croyons inutile de reproduire ces articles.

Dans d'autres cas aussi nous avons travaillé à la propagation d'ouvrages allemands. Ainsi l'un de nous avait remarqué à l'étalage d'une librairie de province un Dictionnaire pour le sac du soldat (Tornister-Wörterbuch), qui est en même temps un petit recueil de conversation usuelle. Les phrases de ce manuel sont tout à fait concluantes quant à la mentalité allemande: «A la première tentative de fuite, vous serez fusillé.—Dites-nous la vérité. Le moindre mensonge pourrait vous coûter la vie.—A la première tentative de fuite, ou si vous essayez de m'égarer, je vous envoie une balle.» Ces menaces sont adressées à des habitants que l'armée allemande contraint à servir de guides (d'accord avec ses Lois de la guerre [voir p. 180]).

Aussitôt notre ami acheta tous les exemplaires disponibles de cet aimable petit manuel, afin de les faire circuler à Bruxelles. Mais il n'y en avait pas assez. Nous désirions pouvoir les acheter à Bruxelles même, afin de les répandre plus largement. Nous sommes allés importuner la tenancière de la librairie allemande du boulevard du Nord, celle-là même dont le mari fit condamner M. le juge Ernst (voir p. 57), jusqu'à ce qu'elle en eût importé un stock suffisant.