Un volume de 400 pages a été consacré avant 1914 par un écrivain nommé J. L. Reimer, au pangermanisme, sous le titre de: Une Allemagne pangermaniste. Voici, d'après ce livre, le résumé de la doctrine:
«La race allemande doit imposer aux autres peuples les bienfaits de sa civilisation supérieure, en les germanisant.
«Comment ce plan s'exécutera-t-il? Par la force:
«L'Allemagne envahira la France et la réduira à merci. Elle établira d'abord sa domination jusqu'à l'Atlantique et la Méditerranée. Puis l'État expropriera les non-Germains, là où ils sont mêlés aux Germains. Ensuite, dans les provinces où il n'y a que des non-Germains, on prendra les mesures les meilleures pour les faire disparaître: travaux les plus périlleux et les plus nuisibles à la santé, et autres malaxations économiques ou morales sur lesquelles nous ne pouvons donner d'explications, notre bulletin étant envoyé chez d'honnêtes familles.
«Ceux des non-Germains qui résisteraient seraient exportés dans l'Amérique du Sud ou en Asie, particulièrement en Chine; enfin, les gens sans enfants verraient leurs propriétés remplacées par une pension aux frais de l'État. Une germanisation plus faible serait appliquée aux Néerlandais, aux Flamands et aux États scandinaves, dont l'auteur estime qu'on ferait plus facilement de bons Germains, partisans du Deutschland aber Alles.»
Nous ferons ici observer que parmi les moyens odieux préconisés par l'auteur, il en est que l'Allemagne officielle emploie déjà pour germaniser la Pologne prussienne: l'expropriation. Elle y emploie aussi les verges pour désapprendre aux enfants polonais leur langue et les forcer à dire leurs prières en allemand. Le langage de M. Reimer ne leur a donc pas paru effronté comme à nous et n'a pu aucunement les scandaliser.
L'empereur Guillaume a lui-même un jour dit: «L'Allemagne doit être à la tête du monde.» Le général von der Goltz dont les proclamations cyniques ont été si remarquées à Bruxelles, a dit en parlant de «la guerre future que toute l'Allemagne attendait» en 1913, et qui a éclaté en août avec la soudaineté de la tempête:
«Elle sera violente et sérieuse comme l'est toute lutte décisive entre peuples dont l'un veut faire reconnaître sa suprématie sur les autres.»
Cette expression laconique est à méditer profondément. Elle fera comprendre à tous que la lutte actuelle est une lutte d'une grandeur et d'une importance primordiales et que la Belgique n'y combat pas seulement pour son existence et son honneur, mais pour la liberté des peuples de tout l'univers menacée par le monstre pangermain.
Cette lutte doit être continuée jusqu'à ce que ce monstre rende le dernier soupir et en expirant délivre à la fois l'Europe centrale et le monde.