Citons encore deux faits qui mettent en évidence l'abjection des journaux domestiqués. A la mort du tant regretté Émile Waxweiler, les feuilles censurées relatèrent sa vie et ses occupations comme directeur de l'Institut de Sociologie et comme professeur à l'Université de Bruxelles; elles parlèrent de ses ouvrages et de ses cours d'Extension; mais de tout ce qu'il accomplit pendant la guerre, pas un mot; ses deux livres, La Belgique neutre et loyale et Le Procès de la Neutralité belge, ne sont pas même mentionnés: silence d'autant plus significatif que ces ouvrages sont parfaitement connus en Belgique; le premier y a même été réimprimé (voir p. 8).
Enfin, dernier degré de l'avilissement, Le Bruxellois publie journellement le nom et l'adresse des jeunes gens qui sont soupçonnés d'avoir passé la frontière pour aller s'enrôler dans l'armée belge.
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A côté des feuilles qui se disent libres de toute attache avec l'ennemi,—et qui sont par conséquent les plus dangereuses,—il en est qui sont directement inspirées ou rédigées par des créatures de l'Allemagne. Citons parmi les quotidiens qui se vendent à Bruxelles: L'Information, De Gazet van Brussel, Het Vlaamsche Nieuws (d'Anvers), De Vlaamsche Post (de Gand). La Libre Belgique (nos 45 et 46) a donné quelques indications au sujet de ce dernier journal (plus communément appelé De Vlaamsche Pest) [22].
22 [ Voir aussi Comment les Belges résistent..., p. 318.]
De Vlaamsche Post a succombé au printemps de 1916. Auto-intoxication probablement.
Voici un détail intéressant relatif aux journaux allemands d'expression belge. Par jugement rendu le 25 juin 1915, le tribunal de première instance de Bruxelles a déclaré qu' «il n'existe plus actuellement, en Belgique, de journaux belges, les feuilles paraissant depuis l'occupation étrangère sous la censure allemande ne pouvant prétendre à ce titre». Le jugement a paru au complet dans le n° 35 de La Libre Belgique mais celle-ci l'avait déjà commenté dans son n° 34:
Il n'y a plus de journaux belges en Belgique.