Autre grosse difficulté, contre laquelle l'Allemagne se débat en pure perte: le blocus maritime où l'enserre la flotte anglaise. La Libre Belgique commente à ce propos des articles autrichiens et allemands:

L'armée de la disette.

La Nouvelle Presse libre, de Vienne, consacre un long article au discours de M. Asquith, annonçant le blocus de la faim. Le journal autrichien fait un tableau tragique des conséquences du blocus pour l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Il demande si des milliers d'innocents doivent périr parce que l'Angleterre a décrété contre eux une loi impitoyable; si les fabriques doivent être fermées, les ouvriers congédiés, les familles en proie à de nouveaux soucis parce que l'Angleterre possède la maîtrise des mers et empêche l'arrivage des matières premières.

La presse allemande consacre aussi de nombreux articles dans le même sens au blocus de disette et proteste en déclarant que la mesure est contraire au droit de la guerre. Berlin oublie et le langage de ses hommes d'État et de ses chefs militaires, et le précédent capital, celui de Paris en 1870. Le Vorwärts, avec droiture et courage, rappelle la théorie et les faits:

«Les militaires allemands ont dit souvent que «la guerre la plus «impitoyable serait la plus humaine, car elle abrégerait les terribles souffrances «de la guerre».

«En réalité, le moyen de guerre qui consiste à affamer est le plus ancien et, jusqu'ici, le plus privilégié par le droit des gens. Autrement, il n'y aurait ni siège de la guerre sur terre, ni droit de prise, de visite et de blocus dans la guerre maritime.»

Et l'organe socialiste ajoute:

«Des places assiégées peuvent être forcées à se rendre par le fait qu'on les a coupées de tout moyen de communication. C'est ainsi—c'est l'exemple le plus considérable de ce genre—que les millions d'habitants de Paris furent, en 1870-1871, amenés au bord de la famine—femmes, enfants, vieillards, malades, blessés—et contraints par là à la capitulation.»

L'Allemagne à son tour peut méditer l'ordonnance humoristique de son premier chancelier refusant le ravitaillement à Paris à moins de capitulation sans condition. «Un peu de diète, avait dit Bismarck à nos négociateurs, fera plutôt du bien à la santé de Paris.» On sait, au reste, que les hygiénistes allemands eux-mêmes blâment leurs compatriotes de trop manger.

(La Libre Belgique, n° 8, mars 1915, p. 4, col 1.)