Là-bas, sur un rocher de l’anse des Vieilles, il y avait une forme étendue. Un homme, blessé ou malade, qui appelait à l’aide, et que l’implacable marée allait cerner, puis engloutir, si on ne le secourait au plus vite.

La jeune fille prit sa course dans le vent qui plaquait ses vêtements à son corps. En quelques minutes, elle arriva à l’anse, descendit sur la grève ; alors elle reconnut le braconnier de la mer, et en même temps elle comprit que le sauvetage serait difficile : déjà, sur le banc des Vieilles, un peu plus loin, les vagues écumaient, rageuses, incessantes, couvrant à chaque minute les trois têtes chauves et noires de ce dangereux brisant.

Madeleine ignorait l’hésitation stérile, comme aussi la fausse pruderie. Enlevant en un tournemain ses chaussures et ses bas, elle releva sa jupe qu’elle épingla haut sur ses jambes ; et, dans l’eau plus loin que les chevilles, que glaçait le sournois contact, elle marcha bravement vers le blessé, qui la regardait approcher en silence.

Quand elle fut près de lui :

— C’est pas trop tôt que vous voilà, déclara l’Islais. Un peu plus, vous m’auriez laissé noyer comme les bêtes qu’on jetait dans les temps par le trou de la Grande Charte.

— Je suis venue dès que je vous ai entendu. Où souffrez-vous ?

Le bonhomme montra sa jambe :

— J’ai glissé sur c’te faillie roche, en pêchant la loubine. Ah ! c’est pas un métier de riche, pour sûr !

Les doigts légers de Madeleine tâtaient le membre enflé, la jeune fille annonça :

— Une foulure seulement. Vous avez de la chance.