Atque semper virgo…

Et voici qu’une houle semble passer sur les fronts de ces chrétiens assemblés, qui s’inclinent. Puis leur chant répond, tous accents unis : timbres mâles des hommes, voix pures et fortes des Islaises, guidées par celle plus disciplinée de Madeleine Lemarquier :

Monstra te esse matrem,

Sumat per te preces,

Qui pro nobis natus…

C’est l’hymne qui sait le mieux jeter l’âme croyante aux bras maternels de Marie, l’appel filial de ceux que menace la tourmente, et qui implorent la protection d’en haut. Qui plus que les pêcheurs est de ceux-là ? Les périls, ils les affrontent chaque jour, et dans quelles conditions tragiques ! Aussi le chant jaillissait-il avec conviction des lèvres rudes, et le braconnier, agité par une sourde émotion, s’appliquait à cette tâche vénérable et nouvelle, à laquelle il mettait tout son cœur.

Le dernier verset s’évanouit au ciel clair : l’abbé Parand asperge d’eau bénite les diverses parties de la barque ; ensuite il répand sur chaque côté de la Sainte-Madeleine, à sa poupe et à sa proue, le sel et le froment bénits, l’un, signe de conservation et de longue vie ; l’autre, d’abondance et de prospérité. La foule, qui a de longtemps pénétré le sens profond de ces symboles, regarde avec respect ; Damase éprouve confusément que quelque chose le travaille : pour la première fois il est frappé de cette pensée qu’il y a mieux que de vivre en sauvage, comme une bête, ainsi qu’il faisait depuis des années.

Après la bénédiction vient, conclusion naturelle de la cérémonie, ce que quelques mauvaises têtes seraient tentées de considérer comme sa partie principale. M. Lemarquier a fait apporter un vaste panier, précieusement confié aux flanc arrondis du canot. Riant, criant, se bousculant un peu, les enfants de chœur écartent le couvercle d’osier : des gâteaux, des dragées apparaissent, et aussi de belles bouteilles ventrues coiffées d’or ; on acclame le parrain, Valmineau proteste :

— C’est trop, Monsieur Lemarquier, beaucoup trop ! Quasiment autant que pour la bénédiction du dundee Fraternité en 1908…

— Mon brave, nous allons trinquer. Je me suis laissé dire que dans l’île, maintenant comme dans ma jeunesse, il n’y a pas de solennité qui ne se termine ainsi ! Allons, les enfants qui veut des bonbons ?