Les petites mains se tendent ; ensuite, Madeleine, souriante, distribue des coupes à la ronde. Pour les dragées versicolores comme pour le vin doré qui pétille au soleil, les amateurs sont nombreux ; et il semble infatigable le geste solennel par lequel Valmineau dispense aux Islais ses frères le sang généreux des coteaux de Champagne.
M. Lemarquier lève sa coupe :
— Mes amis, je porte la santé de notre cher doyen !
Des acclamations s’élèvent :
— Oui ! oui ! bravo !
— Vive Monsieur le curé !
— Mes bons enfants, répond le vénérable prêtre, aussi ému de ces manifestations d’affection que s’il ne les avait pas largement méritées par le plus paternel des apostolats, mes bons enfants, remercions avant tout le Seigneur qui nous accorde cette journée de joie ; et recommandons-lui, puisque c’est en leur honneur que nous sommes réunis ici, la Sainte-Madeleine et son patron.
— Vive Damase ! Vive le braconnier !
Valmineau s’agite. Il trouve que ce titre, dont il a pendant des années conçu un farouche orgueil, est malséant à rappeler là, comme ça, tout de go, devant la demoiselle, qui ne doit pas en être favorablement impressionnée. Il intervient :
— C’est vive la demoiselle, qu’il faut dire ! Vive la marraine de la Sainte-Madeleine !