— Parfaitement. Nous demanderons à ce monsieur quelles sont ses intentions à l’égard de la pauvre petite… Est-elle mignonne ! Voyez-la donc… Mais, jusqu’à ce que nous soyons fixés ?

— D’ici là, proposa le doyen avec bonté, les religieuses du Sacré-Cœur trouveront bien dans mon école libre un lit blanc pour recevoir cette oiselle tombée du nid, ou plus exactement surgie de la mer…

Depuis quelques instants le braconnier s’agitait sur sa chaise, tout comme si des langoustes vindicatives eussent tenaillé sa culotte. Ses lèvres frémissaient d’impatience contenue, il pétrissait sans ménagement son béret des grands jours. Si bien que Madeleine en eut pitié :

— Voyons, père Damase, vous avez une idée ?

Le bonhomme éclata :

— Demoiselle, c’est pas pour dire du mal de ces dames de Mormaison, qui sont saintes, et dévouées, et tout ; mais je ne vois pas la petite chez elles ! Monsieur le curé m’excusera : ça me fait l’effet qu’elle serait à l’hospice !

Il se tut, reprit haleine ; le curé interrogea avec indulgence :

— Quelle autre solution voyez-vous, mon ami ?

— Oh ! c’est simple ! Sûr que je ne peux pas prendre cette petiote dans ma cambuse, et lui enseigner à tendre des nasses. Mais si la demoiselle voulait comme qui dirait être sa mère, au moins jusqu’à ce que l’oncle réponde, ça serait le mieux…

Un sanglot, menu comme un cri d’oiseau, vibra soudain, interrompant le débat ; la fillette, épouvantée par les changements survenus autour d’elle, et plus encore par la disparition de ceux qu’elle aimait, la fillette, lassée de la contrainte que depuis si longtemps elle s’imposait, venait de se jeter en pleurant dans les bras de Madeleine, qui se refermèrent sur elle d’un geste maternel.