A la hauteur du récif de la Grande-Haie, que la pleine mer entourait d’une ceinture d’argent agitée, bruissante, le solitaire, par habitude, jeta un coup d’œil à sa maison assise en face sur la falaise. De la cheminée, courtaude pour résister aux rafales du large, un filet bleuâtre, dilué dans l’espace, invisible pour tout autre qu’un marin, étirait ses volutes courbées par la brise fraîche. Le menton sec de Damase s’agita dans une espèce de sourire :
— La petite aura venu avec sa clé, l’après-midi ; elle a allumé le feu avant de partir. C’te pauv’ gosse !… Je vas me faire une moque de vin chaud sitôt rentré.
Cette perspective aida le bonhomme à terminer gaillardement son bricolage. Quand il arriva devant chez lui, au claquement de ses gros sabots, il eut la surprise de voir la porte s’ouvrir pour l’accueillir, encadrant le frais visage d’Annie.
— Ça, c’est gentil, ma grande, de m’avoir attendu ! s’écria le vieillard en embrassant sa fille.
— J’ai pensé que vous auriez froid… La brume monte tôt sur la mer, ce soir…
— C’est vrai !
Déjà le bonhomme était devant la cheminée, chauffant avec délices ses jambes maigres comme celles d’un cormoran. Une inquiétude le saisit soudain, il essaya de gronder :
— Seulement, ce n’est guère raisonnable, petite. Tu vas rentrer à la Meule à nuitée, et dame ! de ce temps, il ne fera point bon sur la lande.
La jeune fille secoua gaiement sa tête blonde :
— Aussi je ne partirai pas ce soir. Si vous voulez bien de moi, grand-père, je passerai la nuit ici.