— Si je veux de toi, ma fille ! est-ce que ça se demande ? Maintenant que j’ai un vrai lit, tu ne seras pas trop mal ; moi, je coucherai sur mon sac de varech, que j’ai serré dans la soupente.
Le rire d’Annie s’envola, accompagné par le crépitement joyeux du foyer :
— Vous garderez votre lit, grand-père, et moi, je serai très bien aussi. Regardez comme nous avons bien travaillé aujourd’hui !
Elle ouvrit la porte de l’autre chambre, jusqu’alors assez nue, et occupée maintenant par les meubles d’Annie : son lit blanc, sa commode basse, son étagère aux menus bibelots, son crucifix, souvenir de première Communion offert par Valmineau naguère, tout était installé, avec cet air tranquille et souriant des choses qui ont trouvé, au service des hommes, leur destination définitive. Le braconnier, qui pourtant tirait quelque vanité de ne pas s’étonner aisément, demeura pantois ; il balbutia :
— C’est… C’est toi qui as apporté tout ça ?
— Non, bien certainement ! C’est la bourrique de Jean Nicaise, le fermier de la Meule ; et puis, petite mère m’a aidée à ranger la pièce. Cela vous plaît-il ainsi ?
Pour ressaisir ses idées qui tourbillonnaient comme des algues emportés par le ressac, le vieux pêcheur se laissa tomber sur un siège. Tout en vérifiant d’une main experte le travail d’une marmite odorante, la jeune fille expliqua :
— Nous avons pensé, grand-père, qu’il valait mieux que vous ne restiez plus seul ; c’est pourquoi parrain vous avait conseillé de faire agrandir votre maison, afin que j’y puisse avoir une petite place… Je vous soignerai quand vous rentrerez mouillé…
— Et… la demoiselle, elle n’est pas fâchée ?
— Nous serons tous plus tranquilles ; d’ailleurs, l’été, quand vous aurez moins besoin de moi, grand-père, je retournerai passer quelques semaines à la Meule… Voilà nos projets : qu’en dites-vous ?