M. Lemarquier montrait Annie ; Josine esquissa un salut maladroit, sans comprendre. Alors le savant, à grands traits, narra la vie du braconnier de la mer, en ces dix dernières années. La bonne femme l’écoutait bouche bée, comme on fait pour un conte. Quand son tuteur eut terminé, Annie reprit :
— Vous devinez, Madame, combien il m’est pénible de penser que ce bon grand-père — pardonnez-moi, c’est ainsi qu’il aime à être appelé par moi — ce bon grand-père va se trouver très seul après mon mariage. Et cela serait si facile à arranger…
— Je ne vois pas trop comment…
— Il faudrait qu’il fût en famille, car il se fait vieux ; bientôt il ne pourra plus prendre la mer, Pourquoi n’habiterait-il pas avec vous ?
— Certainement, répondit Josine, on n’y verrait pas d’obstacles, quoique avec cinq enfants et les mauvaises années on ne soit pas trop riches. Mais il y a son ancienne fâcherie !
— Pour cela vous me laisserez faire.
— Volontiers, Mademoiselle, vu que vous avez l’air bien fine et bien entendue. Seulement, jamais il ne voudra venir sur le continent.
— Le voulût-il, qu’il ne le pourrait pas, reprit Annie. A son âge, quitter l’île, rompre avec les habitudes de toute une vie, ce lui serait à la fois très pénible et vraiment dangereux.
— Permettez-moi une question, Madame, fit M. Lemarquier. Êtes-vous ici chez vous, ou en fermage ?
— En fermage, Monsieur ; nous aimerions même assez à quitter ce bien, parce que la propriétaire veut en augmenter de beaucoup le loyer.