Un quart d’heure plus tard, le véhicule s’arrêtait au seuil d’une métairie modeste ; au bruit, une femme s’avança. Du premier coup d’œil, Annie reconnut, avec un léger battement de cœur, la fille, la vraie fille de son père Damase. Et elle nota aussitôt que la fermière avait remplacé la noire fanchon islaise par la modeste coiffe blanche des paysannes vendéennes.
Josine fit entrer les visiteurs dans la grande salle de la ferme, et attendit. Annie, d’ailleurs, ne se perdit pas en vains détours :
— Madame, nous venons vous apporter des nouvelles de votre père, M. Valmineau.
— Ah ! fit la métayère dont brusquement l’honnête visage s’assombrit ; il n’est pas malade au moins, le pauvre homme ?
— Non ; un peu fatigué comme il arrive à son âge, mais en bonne santé.
— Tant mieux ! C’est si triste de vivre tout seul, sans vouloir connaître sa famille, ni le bon Dieu ni personne ! On ne doit pas juger ses parents, bien sûr, mais tout de même…
Mme Chaugereau hochait une tête attristée ; le professeur intervint :
— Madame, Damase Valmineau n’est plus l’homme dont vous parlez. Parfaitement sociable maintenant, il a retrouvé sa robuste foi des anciens jours.
— Sainte Vierge ! s’exclama la paysanne, quel bonheur ! Mais on peut bien le dire, c’est quasiment un miracle.
— Les auteurs de ce miracle sont ma fille, aidée de ma pupille, que voici.