Le savant hésita, embarrassé ; Annie, qui n’entendait pas avoir navigué pour rien, intervint à propos :

— Celui qui est revenu par ici il y a une vingtaine d’années, après avoir épousé une jeune fille de l’île d’Yeu !

Un instant on se concerta, sous la halle affairée comme une ruche ; des lippes s’arrondirent, des épaules se haussèrent dans les blouses aux plis raides. Un jeune métayer, qui bouclait les traits d’un petit cheval gris, leva un visage obligeant :

— Ce doit être le Mathieu que vous voulez dire, Mademoiselle, Sa femme s’appelle Josine.

— C’est cela.

— Sa borderie est en campagne, à une demi-lieue de la mienne. Si vous voulez monter dans ma carriole, Monsieur, Mademoiselle, je peux vous y conduire.

— Nous acceptons volontiers, mon brave… Passe la première, Annie.

Le Vendéen s’assit sur un bout de planche ; l’attelage partit aussitôt à une allure absolument incompatible avec des méditations savantes — si l’on avait eu désir de s’y livrer. Ces petits chevaux vendéens sont vifs comme la poudre, et leur robe gris-perle cache une musculature infatigable. Les yeux mi-clos, offrant son pur visage au vent de la course, qui effarait ses frisons d’or, Annie s’efforçait consciencieusement de bannir la pensée d’Armand comme importune, et de fixer son esprit sur l’entrevue qu’elle allait avoir avec la mystérieuse Josine.

Du bout de son fouet, le conducteur désigna, assez loin, par-dessus les oreilles de sa bête, une agglomération aux toits pressés :

— La Garnache, annonça-t-il. Là, sur la gauche, avant d’y arriver, pas loin du chemin de fer de Nantes, c’est la Renaudière, où que vous allez.