— N’est-ce pas, petite mère, que vous voulez bien me confier parrain pour deux jours ? Et n’ai-je pas une bonne idée ?

— Excellente, mignonne ; et si notre vieil ami te devait cette réconciliation qui ferait le bonheur de ses dernières années, tu lui aurais magnifiquement rendu le bien qu’il t’a fait.

— Je suis contente, petite mère… J’y pense ! pourquoi ne viendriez-vous pas avec nous ?

— Et mes fillettes du catéchisme, mignonne ! Et ta robe blanche, que je veux préparer moi-même ! Il faut que je reste ici, mais tout mon cœur, toutes mes prières seront avec vous.

Voilà comment il se fit que, le lendemain, Annie et son tuteur débarquaient à Fromentine. Parmi les voyageurs qui suivirent, dans un piétinement sonore, la longue estacade à l’extrémité de laquelle vient accoster le bateau-poste, nul ne se serait douté du grave souci qui tourmentait cette enfant rayonnante de jeunesse et de fraîcheur, et qui s’en allait, mignonne ambassadrice, vers une tâche aussi bienfaisante que délicate.

Tuteur et pupille déjeunèrent — sans façons — à l’hôtel de la Plage, qui est le Palace de Fromentine, et que des yeux non informés pourraient aussi bien prendre pour une maison de pêcheurs, longue et blanche sous son toit bas. Puis tous deux montèrent dans le train-tramway qui, l’heure venue, s’ébranla en toussottant le long de la route flâneuse. Et le marais breton déroula son film de calme province assoupie dans la tiédeur du soleil. La Barre-de-Monts et ses marais, Beauvoir et son manoir coquet, Saint-Gervais et son église blanche, qui ne réclame qu’un modeste arrêt facultatif. Et par la campagne, des moulins à vent massifs, tours maçonnées au sol, agitaient lentement leurs bras entoilés, au souffle du vent venu de la mer proche encore — venu de l’île d’Yeu.

A Challans-ville, devant les halles où bruissait une fin de marché, M. Lemarquier s’inquiéta :

— Le ferme de M. Chaugereau… de quel côté, je vous prie ?

Un Vendéen se mit à rire :

— Duquel, Chaugereau ? Le bon Dieu a béni la famille, il y en a plein le pays !