Lui, très ému, ne doute pas maintenant que ses protestations ne soient sincères. Irrévocablement il l'aime.
—Tenez, demande-t-il, je vous jure d'être raisonnable. Mais je voudrais vous voir chez moi, Marceline, vous voir une seule fois dans le cadre de mon intérieur. Il me semble qu'ensuite votre image y demeurerait toujours. Sans cesse je l'y pourrais adorer et je serais heureux. Votre souvenir revêtirait auprès de moi une forme plus réelle. Vous seriez comme un délicat fantôme, chérie, visible toujours et vous laisseriez une ombre parfumée de vous sur les choses que vous auriez touchées. Et vous seriez là, jusque ma mort, pour me garantir des désespérances. Venez, voulez-vous?
Elle s'arrête de pleurer. Des gens qui marchent la dévisagent avec des mines pitoyantes ou ironiques. Elle s'en trouve confuse et se laisse conduire.
IV
Dans la pièce tendue de mauve, elle s'assied triste. A peine effleure-t-il le baiser de Doriaste vers ces lèvres chaudes. Elle se laisse enlacer. Ils restent ainsi longtemps sans dire, lui, s'imprégnant d'elle. Il songe que cette femme il la doit avoir, que son honneur de mâle serait compromis s'il ne manifestait pas sa virilité. Peu à peu, il approche son visage de celui de Marceline et multiplie les baisers, de minuscules baisers qui pleuvent. Elle s'étire, comme prise d'un malaise et vainement se débat sous l'étreinte triomphante. Par saccades sa gorge gonfle le drap bleu du corsage. Des tiédeurs en émanent qui pénètrent l'amant, font vibrer ses reins et ses entrailles, tendent jusqu'à sa gorge, voluptueusement. Elle ne le repousse plus et s'abandonne. Les baisers secouent leurs épaules. De la robe dégrafée les seins s'érectent et renflent la peau blanche. Il la possède.
Le soleil tamisé par la soie des rideaux épanche une clarté mauve. Marceline, les yeux fermés, la bouche tordue, tressaille, et elle brise les cordons de ses vêtements et elle force les agrafes. Puis nue divinement. Et lui la broie dans son étreinte; il mord ces mâchoires qui râlent.
C'est, avec des sanglots, une lutte cruelle de leurs corps, des embrassements et des chocs comme s'ils se voulaient confondre jusqu'aux moelles. Ils s'aiment infiniment.
Sonnent les argentines heures, rieuses.
Les lèvres de Marceline exhalent une odeur de violette.
Au soir. Un dernier rayon roule dans les ors pâles de la chevelure épandue et les membres épars de l'amante s'ombrent d'ambre.