Les deux soldats longent les boutiques pleines de femmes bavardes et gesticulantes. Au coin de la place, la claire vitrine d'une pâtisserie protège des gâteaux crémeux, appétissants, des sacs de bonbons à faveurs soyeuses, qui présentent, sur leurs panses, des figures de dames décolletées et riantes. Et ce spectacle lui fait naître l'image d'un intérieur en fête, la réminiscence de sages ivresses en l'honneur d'une première communion, celle de sa cousine. Il songe à la table illuminée, au gâteau de Savoie supportant une figurine en plâtre, nantie d'un cierge et d'un missel. Un attendrissement lui brouille la vue des choses et assourdit l'intermittente réflexion de Berdot: «C'est tout de même une sale histoire.» Maintenant, le jeune homme se complaît à réunir pour un ensemble délicieux les traits mièvres de la première communiante toute pâle en sa blanche robe, coiffée d'un bonnet vieillot qui enserre la mince frimousse de fillette obstinément grave.

—Tiens, voilà le lieutenant!

Et Berdot indique devant un café des officiers qui causent et qui rient.

DO

Gustave Prescieux laisse le sergent s'avancer. Un très jeune sous-lieutenant reçoit le rapport sans mouvoir la tête ni rompre la conversation qui hilare ses collègues; puis, les épaules encore tressautantes, il feuillette. Quand il a fini, Berdot désigne son compagnon et s'explique, militairement immobile.

Et Prescieux, en tremblant, suppute les motifs capables de pallier sa faute et ceux qui justifieraient son châtiment. Et toujours, la peine lui semble inévitable, par logique, bien qu'il possède la très intime persuasion d'une délivrance.

Subitement, l'officier sourit et il lance cette exclamation méprisante:

—En voilà un imbécile! Mais je n'y peux rien, moi, rien du tout. Que voulez-vous? Tant pis!

Il lève en l'air ses bras galonnés, nie que puissent être utiles ses bonnes intentions. Il appelle le fautif.

Aux questions de ses supérieurs, Prescieux répond à peine. Son malheur l'ahurit. Tout lui semble égal maintenant, rien ne le pouvant plus secourir. Sans tenter une excuse il s'embarrasse en des explications sincères. Et il se dérobe aux regards apitoyés, aux interrogations bienveillantes, car il calcule qu'y répondre serait un surcroît de pénibles efforts sans but. Obstinément il fixe les yeux sur les officiers en joie. A remarquer leur atroce indifférence une rage vindicative le mord. Ce lui est un soulagement lorsqu'il entend conclure: