Elle l'écoutait, visiblement désappointée. La veilleuse se mourait, et les premières lueurs de l'aube filtraient déjà à travers les lourds rideaux des hautes fenêtres.

Blanche s'assoupit légèrement.

Fernand de Lorn poussa un soupir de soulagement.

Hélas! la pauvre couronne d'oranger n'avait pas perdu un seul pétale.

II

Deux nuits suivirent dans un calme aussi plat. La troisième il résolut d'être plus hardi:

—Après tout, se disait-il, pourquoi avoir de telles appréhensions? C'est absurde.

Il perdit la bataille, et l'honneur aussi.

Pendant plusieurs semaines des tentatives fréquemment renouvelées furent absolument désastreuses. La situation devenait tendue. Les époux commençaient à échanger des paroles aigres-douces. Ils s'en voulaient mutuellement. Fernand retourna au cercle, où les plaisanteries banales de ses amis, à propos de son bonheur conjugal, lui entraient au cœur comme des dagues. Il perdait des sommes folles sans arriver à se distraire. L'humeur de Blanche devenait de jour en jour plus acariâtre, ses nerfs exaspérés battaient la charge. Elle passait sa vie à massacrer des statuettes de Saxe et à renvoyer ses femmes de chambre. Ce qui la faisait rager surtout, c'étaient ses amies intimes, la comtesse de Luc, Madame de Baixas, et les autres, mariées peu de temps avant elle, avec leurs conversations indiscrètes, telles que:

—Eh! bien, dis, est-ce si terrible que ça un mari?