La baronne remercia de la tête avec dignité.
—J'aime, reprit l'inconnue d'une voix de plus en plus faible, j'aime follement un de vos amis, Monsieur de Lorn. Après avoir vainement lutté, je me sens vaincue. Je désirerais néanmoins, à cause de mon rang dans le monde, et pour des motifs qu'il serait inutile d'expliquer, le voir en cachette et sans qu'il sache qui je suis, pour le moment du moins. Je vous ai choisie, madame la baronne, comme la seule digne de ma confiance.
—Madame, répondit la vieille proxénète d'un ton grave, je n'ai pas l'honneur de vous connaître; mais je sens, rien qu'à vos paroles, une personne de ce monde, le grand monde qui m'est cher et auquel j'appartiens par droit de naissance. Mon dévouement vous est acquis de ce moment, madame. Revenez après-demain vers dix heures du soir. Vous trouverez de bonnes nouvelles, je l'espère, et peut-être davantage.
Elle souligna ce dernier mot d'un sourire malin.
L'inconnue, après avoir déposé trois billets de mille sur la cheminée, sortit de l'hôtel Saint-Baume toute tremblante.
Le lendemain, M. de Lorn trouva, en dépouillant sa correspondance, la lettre suivante:
«Mon cher ami,
«Une femme charmante et du plus grand monde, qui vous aime en secret depuis longtemps, vous attendra demain soir, vers dix heures, chez moi. Accourez donc, Lovelace.
«Votre dévouée,
«Baronne de Saint-Baume.»
—Tiens, tiens! se dit-il, un roman! On me propose un roman, à moi, un homme marié! Il est vrai que je le suis si peu!
Il rit d'un rire amer.
—Tant pis! j'irai. J'ai besoin d'oublier et de me prouver encore que ce n'est pas tout à fait ma faute, si…