Le beffroi carillonne ses notes hésitantes. Des heures. Elles tombent lourdes de sa couronne en pierres, de sa couronne fermée comme celle des princes. Au pinacle de l'édifice que noircirent les âges, le lion héraldique dressé mire la lune en ses flancs d'or. Et les maisons sont coiffées de faîtes à gradins; et, dans l'angle suprême des façades, les œils-de-bœuf semblent voir.
Vieille cité flamande.
SÉRÉNADE
Arras.
Le café blanc et or, ses banquettes de velours grenat. De pilier à pilier, ondoye la bleuâtre fumée des pipes qui sinue et s'élève. Plus haut, le plafond a revêtu la teinte saure des vieux tableaux. Dans les globes dépolis, le gaz flambe comme un œil; sa lumière s'épand et cuivre. Elle s'épand et elle cuivre les tables de marbre blanc, et les verres et les liquides. Elle s'épand et cuivre les glaces adverses, où s'enfoncent d'infinies perspectives de la salle, réfléchies et réfléchies toujours dans leurs multiples mirances. De même, au théâtre, la galerie sans bout du palatial décor. Des têtes pommadées et des crânes chauves. Et, proférés, des mots étranges de jeux. Bruit des dominos grattant les tables. Des éphèbes étreignent leurs cartes, les Rois impassibles trônant avec le sceptre, les Reines à figure ronde, et les As solitaires. Ils tremblent blêmes, la main frémissant au bord du tapis rouge, où s'enlacent sataniquement les noires initiales du patron. Un sou la fiche. Autour des billards, verts comme des prairies anglaises, les messieurs grisonnants s'appuient sur les queues, en silence, dans l'attitude du hallebardier royal. Et les blancheurs des tabliers qui ceignent les garçons lâchent seuls une note crue dans la symphonie des couleurs cuivrées. La très laide caissière, à peine découvrable au milieu des flacons à pans et des maillechorts, inscrit. Ses gros doigts courent sur la page, courent avec une bague à chaton d'émeraude. Tandis que de jeunes hommes étouffent de criailleries le bruissement qui plane: «Tu as une veine de cocu! Le roi! Tu es baisé!» et jettent les cartes sur le marbre avec une bestiale rage.
Magistralement un notaire impose: Whist veut dire silence.
TABLE DES MATIÈRES
| Pages | |
| Première Soirée: | |
| C'est l'hiémale nuit (J. M.) | [7] |
| Amourette (P. A.) | [11] |
| Le lévrier (J. M.) | [45] |
| Deuxième Soirée: | |
| La Haye gris de perle (P. A.) | [53] |
| La Faënza (J. M.) | [59] |
| En gare (P. A.) | [77] |
| Troisième Soirée: | |
| Au couchant, devers (J. M.) | [87] |
| Crescendo (P. A.) | [89] |
| Babioles (J. M.) | [107] |
| Quatrième Soirée: | |
| La mer, d'un jade qui (P. A.) | [117] |
| Le cas de Monsieur de Lorn (J. M.) | [121] |
| La tare (J. M.) | [143] |
| Cinquième Soirée: | |
| Au pied de la montagne (J. M.) | [157] |
| Le cul-de-jatte (P. A.) | [159] |
| L'Innoucento (J. M.) | [175] |
| Sixième Soirée: | |
| Gît la plaine brune (P. A.) | [183] |
| Œil-Chinois (J. M.) | [187] |
| Ophicléide flamand (P. A.) | [197] |
3694.—ABBEVILLE, TYP. ET STÉR. A. RETAUX.—1886.