Instinctivement ils allèrent tous quatre s'asseoir loin de la cohue, près d'un jet d'eau.
Henriette souffrit d'apprendre si grand le chagrin de sa sœur. Une lourdeur lui pesa dans la poitrine. Et lui vint une envie de pleurer.
— Allez, il ne faut rien regretter, lui prêcha Sicard. Un jour ou l'autre vous auriez toujours quitté votre sœur.
— J'espère que tu as une jolie robe, fit Clémence.
Elle la lui vanta pli par pli. Bientôt Henriette dut expliquer des arrangements de pinces et de fronces. Elle en vint à décrire les emplettes du matin. Comme Albarel parlait des courses, elle plaça son mot, avoua sa perte. Et, tout au triomphe de narrer ses aventures distinguées du jour, elle reprit sa joie.
Sicard commanda du champagne. La vendeuse du bar s'assit près d'eux, et débita ses banalités qui la décelèrent stupide dès les premières paroles. Des remarques sur la foule, des appréciations quelconques sur les autres lieux de plaisir comparés à l'Eden. Elle se mirait, rajustant ses frisures rouges, ou ramenant les dentelles de son corsage vers ses seins moites.
Sicard se montra froidement malhonnête. Il lui proféra des choses désobligeantes sur ses charmes blets. Elle lui répondit aigrement, lui, sans se troubler, étendu sur sa chaise, la fixait de son monocle, impassible, lui servait des injures dont les deux jeunes filles pouffaient derrière leurs éventails.
— Ça suffit, madame, conclut Sicard, je vous ai donné mon appréciation sur votre tenue. Vous devriez me remercier et en profiter. Assez, n'est-ce pas, voici l'écot.
Ils quittèrent le bar. Henriette et Clémence ne cessèrent de redire les injures adressées à la femme pour s'exciter à rire encore. Le sérieux du clerc quand il avait débité ses sottises les enthousiasmait. Entre elles seulement elles causaient. Les amants discutaient des performances tenacement et répondaient à peine, d'un monosyllabe, aux questions intruses. La satisfaction de honnir les décatissures de la fille consola de cette indifférence, bien qu'Henriette secrètement se froissât. Mais elles affectèrent ne plus s'occuper d'eux. D'ailleurs chaque fois qu'Albarel appelait sa maîtresse, Sicard le plaisantait, lui tirait le bras et l'emmenait en avant pour lui servir ses bavardages exclusifs.
Henriette lui en eut rancune ; quelques instants même elle médita une adroite remontrance. Mais un dédain absolu pour ces manœuvres lui sembla plus digne.