— Tu es sûr? hein! Ça te passionne fort les chevaux?
— Il faut bien : c'est la galette, cela.
Comment, pensa-t-elle, le sport ne lui était pas un simple amusement?
De lui-même, il expliqua : ses parents, en somme, l'abandonnaient. Il ne retirait qu'une maigre commission sur les trafics de la bourse. Au pays, le phylloxera avait tué le commerce. D'ailleurs, tout le monde se trouvait dans le même cas. Les deux cents francs que Sicard recevait chaque mois de son père, et les quinze cents francs d'appointements perçus comme clerc de notaire n'eussent point suffi à payer ses repas, son loyer, son tailleur et la couturière de Clémence. Les paris heureux comblaient le déficit.
Il acheva de s'habiller.
Ses aveux surprirent Henriette. Sûrement s'atténueraient les dépenses ainsi qu'elle avait craint. Sicard et Clémence les vinrent prendre.
Après déjeuner, ils montèrent dans une grande voiture de courses. La pluie cessait par instants ; par instants le vent la poussait sous la bâche protectrice et Albarel ouvrait son parapluie de côté pour en garantir leur banquette. A Auteuil, les jeunes gens placèrent leurs maîtresses dans les tribunes, puis, revêtus de longs paletots anglais qui couvraient leurs talons, ils coururent aux drapeaux des bookmakers. Entre les averses, les courses se succédaient, sans intérêt pour elles.
Clémence parla d'amour. Elle cita les aventures de toutes les ouvrières travaillant chez Freysse. A deux, elles étaient encore les mieux partagées. Le ciel violâtre roulait au-dessus des bois sombres.
Elles ne virent plus les jeunes gens avant la fin de l'après-midi. Ils revinrent furieux et trempés. Au dernier moment Palmarsa révélée était montée à des cotes invraisemblables. A peine gagnaient-ils quatre cents francs.
— C'est déplorable, s'écria Sicard ; la seule affaire du mois ratée ainsi! jusqu'au 20 il ne courra plus que de vieilles biques archi-connues.