Le petit salon, son divan de velours bleu, l'osier des fauteuils-bascule grenus de pompons rouges, allure de médiocre aisance, qui, au soleil, s'alanguit. Sur la table entassés, les livres, les brochures d'archéologie. Si Henriette les ouvre, ce n'est que planches architecturales pour elle insignifiantes ; quelquefois une reproduction de terre cuite cypriote, bonshommes rosés à barbes en boucles, à mitres pointues, chevauchant de fantastiques montures. Vite fermés ces ennuyeux volumes.

De ce travail Albarel espère pour le plus tard une mission du gouvernement en Asie. On le décorerait ensuite. Vers cela son ambition halète.

D'un bleu jauni les rideaux en reps ouverts sur le balcon où Henriette monte et s'accoude ; le regard vers la rue. Passent les filles de brasserie en tabliers brodés, la sacoche au flanc, et la chevelure chrômée. Des polytechniciens peinent à mettre leurs gants ; et leurs épées, ils les rejettent d'un ingracieux mouvement de jambe. Vers elle ils lèvent leurs figures imberbes et rieuses. Un geste, si elle voulait, et ils seraient heureux. Avec des si jeunes quelles parties drôles! Mais elle détourne la tête. Elle ne doit.

Tout à coup, parmi la foule, elle reconnaît Albarel, qui lui montre un gros bouquet de camélias pour elle acheté. Et le voici à la porte où elle a couru, et la voici à ses lèvres où il la lève.


Au soir, dans l'entresol du café, distraitement, Henriette butine du regard parmi les images des périodiques.

Des femmes pénètrent dans la salle, et leurs toilettes. A l'entour des tables, des groupes se tassent et s'emboivent en la fumée des cigares.

Claires les figures des jeunes femmes qui se dressent contre la tapisserie où des licornes rampent, écarlates. Claires sous le faîte aigu des chapeaux dentellés. Et des épaules effacées, gracieusement tombent leurs bras minces, leurs bras minces et ronds, contre les orbes des poitrines grasses. Vers ci, vers là, se dardent leurs yeux d'acier ; vers ci, vers là sourient leurs bouches flories.

Aux carcans blancs superposées les brunes faces des orientaux fumèlent. Sans paroles. Et des traits immobiles sous les cheveux bleus. Chamoisée la tapisserie où rampent les licornes écarlates.

Dans les froides et profondes mirances des glaces, se glauquent les femmes, les orientaux, les licornes écarlates, parmi le poudroiement du gaz éparpillé.