— Gare au patron, insinue Marguerite enfilant son aiguille.
— Il n'y a pas de danger qu'il bouge, renseigna Henriette : il établit la balance avec ma sœur.
— Ho, ho : il établit la balance avec sa sœur…, s'écria Léontine, une brune tassée.
Et des esclaffements.
— Vous êtes joliment bêtes, vous, d'abord, interrompit Henriette. Vous ne comprenez rien aux choses de la caisse ; alors vous riez comme des carpes.
Afin qu'on lui pardonnât d'inévitables vexations dont, néanmoins, son autorité de surveillante jouissait, Henriette toléra la liberté des propos ; elle-même s'en amusait, feignant la compréhension des mystères scellés à son ingénuité ; crainte de paraître inférieure en quelque point.
La jeune fille s'estimait fière de commander à des dames si bien mises, vêtues au dernier goût. En noir ou en brun, le cou haut maintenu dans des cols raides d'empois, elles travaillaient du bout des doigts, par petits gestes élégants et des mines sucrées, à l'ombre de leurs frisures régulières.
L'intimité venue par les confidences, on révéla des parties fines et des jeunes messieurs donateurs. Ainsi l'amour fut connu d'Henriette par ses agréments extérieurs : un luxe d'amusettes et de fêtes, des caresses familiales, des promenades en voiture, des repas au restaurant, des places de théâtre.
D'interroger sur certaines locutions, elle s'abstint. On se moquerait. Mais des mots lui demeuraient en l'esprit, avec un espoir d'en acquérir le sens.