Il dit cela tout blême d'une pâleur subite. Marceline s'en troubla. Elle sentit qu'il faisait un effort terrible pour parler de telles choses. Sa voix basse et tremblante l'avouait jaloux par avance de ce futur qu'il proposait.

Sa femme lui demanda s'il n'était point malade.

— Je ne me sens pas bien. Je vais fumer un cigare dehors.

Il sortit.

Sur la nappe jaunie de gaz les verres à liqueur et les tasses avaient un miroitement doux. Le tapage bruyait infiniment dans l'avenue.

Les petites un peu endormies, avec des sourires mous de leurs lèvres rosâtres, s'allongeaient sur les genoux, sur les bras de leur amie. Les longs cheveux si pâles et si clairs et les robes blanches faisaient une grande tache de linceul parmi la pièce sombre aux tentures de draps verts.

Mme Freysse compta les petites cuillers de vermeil et ferma le tiroir. Puis, assise, elle se mit à réciter ses malheurs, non sans avoir rempli de curaçao deux minuscules hanaps.

— Oui, elles tiennent de moi, les pauvres chéries. J'ai toujours été palotte comme ça et souffrante, au couvent on me traitait par le fer. Ce ne m'a point guéri. Cependant j'étais devenue assez forte quand je me suis mariée. Mais ma première couche me rendit fort malade et longtemps. Depuis la seconde j'ai, au ventre, un mal qu'il faut opérer deux fois l'an.

Elle louangea son mari. Avec une sollicitude admirable il la soignait. Et pourtant ce ne devait pas le ravir, si jeune encore, de posséder une femme maladive. Elle avoua trente-cinq ans. Marceline l'avait crue vieille. Elle continua.

— Nous avons eu nos enfants très tard. Emile voulait un garçon. Je ne lui ai donné que ces pauvres chétives.