— Oui! vous n'avez jamais eu d'amoureux?

— Ah, laissez-moi tranquille : c'est bon pour vous, ces histoires-là.

— Ben vrai, comme vous êtes fière.

Clémence rit. Les deux autres, qui tranquillement causaient, relevèrent la tête.

— Qu'est-ce qu'elle a encore à rire?

— Rien. Taisez-vous d'abord, commanda Henriette. Vous savez qu'il faut finir avant le déjeuner ; et il est moins le quart. Après ça, le patron m'attrapera si vous n'avez pas fini. Quant à vous, Marguerite, vous verrez.

Et elle lui montra le doigt en menaçant ; puis soudain éclata de rire à la réminiscence de la question sotte. Elle aurait un amoureux certainement, un jour ; mais pour le mariage, comme Mme Freysse. Et alors elle possédera une maison de campagne, à Asnières ; et son mari sera l'associé de M. Freysse, du mari de Marceline.

Jusqu'à midi elle médita cet avenir calme. Elle s'y voyait avec une ombrelle sur le perron de sa villa et en toilette blanche d'été. Elle serait riche. On donnerait des bals… dans les lumières.


L'après-midi, M. Freysse sorti, Marceline gardait seule le magasin. Dehors, l'avenue bleuâtre et les équipages bleus. Des gens bien vêtus circulent, s'arrêtent un instant près l'étalage. Dedans, la bleue réfraction des hautes vitres grisaille les vibrances des nuances. Une paix torpide, où sombre le regret de son passé, envahit Marceline.