Des tentures de moire claire, à petites ondes, prêtent à la salle un air intime de mauvais lieu. Des hallebardes, des pertuisanes, des lances dressées en faisceaux supportent les pardessus et les chapeaux des consommateurs. Des carquois en fils de métal tressés et peinturlurés reçoivent les parapluies et les cannes. Des heaumes de chevaliers en fer-blanc crachent de leurs visières levées des torchons pour la propreté des tables. Au fond, une grotte féerique, que des lampes à abat-jour de couleur illuminent, bée de sa gueule de carton-pierre ; un mince jet d'eau y clapote, et des mouettes empaillées rêvassent, suspendues au plafond les ailes écloses, au bruit monotone des carambolages.
Vigilant, le garçon annonce :
— Ces Messieurs.
— Bonsoir, Genès. Bonsoir, Albarel. Bonsoir, Sicard. Bonsoir, Castelan. Bonsoir, Ravasse.
Maurice Albarel. Au petit peigne, jusque les sourcils, des cheveux noirs et lisses. De ras favoris en la matité des joues. Des élégances équivoques de brelandier.
Francis Sicard. Deuxième clerc chez Me Susse, notaire, rue de la Paix. Des trottins cristallisent à sa seule vue.
Castelan. Profil de ghetto. Fait du journalisme. Au Madrid, plus d'un le salue et il en est fier.
Ravasse. Carabin réfractaire. La lecture des journaux, son unique labeur.
— Hé, scélérat, dit Genès à Sicard en lui tapant amicalement dans le dos, il paraît que nous attendons ce soir la belle Clémence.