— Bonsoir, Mademoiselle, dit le clerc à Henriette, le chapeau bas. Excusez-moi si je ne vous ai pas saluée, cette après-midi, c'était par discrétion.

— Vous avez eu raison, Monsieur.

— Permettez-moi de vous présenter mon ami Maurice Albarel. Mademoiselle Henriette, la première de Clémence.

Les deux jeunes gens allèrent ensemble, en se donnant le bras à côté de Clémence. Henriette, aux moments où l'on passait sous la lueur des lampadaires, tentait d'apercevoir le joli garçon dont le teint et les lèvres l'avaient captivée tout de suite. Chaque fois elle rencontrait l'œil d'Albarel fixé sur elle et la dévisageant.

Comme Sicard devenait plus intime avec Clémence, l'autre se rapprocha d'Henriette. Il lui parla du temps. Et, pendant qu'il parlait, que sa voix lente coupée par les brusques sauts de l'accent méridional résonnait à ses oreilles, elle comprit qu'il lui plaisait, qu'elle vivrait bien avec lui.

Ils la reconduisirent à trois. Rue du Bac, les deux hommes attendirent que Clémence l'eût mise à sa porte. Avant de rentrer, la petite Goubert regarda, pour apercevoir encore. En se couchant, elle rendit actions de grâce à son amie qui, si discrètement, avait su lui procurer un amoureux. S'interrogeant sur cette frasque, elle n'y découvrait rien que de naturel et de convenable. Leur entretien avait été honnête, même banal. Il s'était conduit en homme bien élevé.


Depuis Pâques, les ouvrières veillaient. Seule Marceline partait de bonne heure. Henriette et Clémence revenaient de compagnie, très tard. Maurice Albarel put les reconduire, chaque soir.

Henriette s'amusait énormément du mal qu'il se donnait pour lui paraître aimable. Elle affectait de dire peu de choses, se bornant à lui répondre par de brèves phrases.

Peu à peu, elle se laissait conquérir, inconsciente, par les charmes de sa conversation, par les prévenances qu'il montrait.